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«Beyrouth a rendu l’âme»

Alexandre Faille | TVA Nouvelles

Une auteure franco-libanaise dont le mari a subi de graves blessures des suites des deux explosions dévastatrices qui ont secoué la capitale libanaise Beyrouth peine à imaginer comment son pays pourra se relever de cet événement qu’elle qualifie d’«apocalyptique».

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Caroline Torbey et son mari se trouvaient dans leur logement, situé au 13e étage d’un immeuble de Beyrouth, quand les deux déflagrations ont fait trembler la capitale.

«La deuxième détonation était assourdissante, c’était apocalyptique. Tout a tremblé, il y avait de la poussière partout et un souffle qui nous a poussés», relate-t-elle.

Les images qui ont circulé partout sur le web montrent bien la puissance de la deuxième explosion, qui a fait voler en éclats les vitres des bâtiments à des kilomètres à la ronde. Le logement de Mme Torbey n’a pas été épargné, de sorte qu'elle a reçu quelques éclats de verre dans une jambe.

Son mari n’a pas eu la même chance. Très gravement blessé aux jambes par les éclats de verre, il a également subi un traumatisme à la tête.

«On n’a que quelques secondes pour réaliser ce qui se passe. On est sous le choc. Moi, j’ai repris mes esprits, mais lui, il était complètement tétanisé, il n’arrivait même plus à bouger et il était complètement en sang», se rappelle Mme Torbey.

Après s’être rendus à l’hôpital le plus près – complètement débordé en raison du nombre de blessés qui s’accumulaient, ils ont dû se rendre à un hôpital de banlieue qui, en raison de la grave crise économique que traverse le pays, ne détenait pas toutes les ressources pour traiter adéquatement tous les patients qui débarquaient.

«On arrive dans cet hôpital et c’est une hécatombe. Il y a des blessés partout, il y a du sang partout. Les gens sont affolés, il y a des gens qui meurent. [...] C’est un traumatisme qui est énorme.»

«Destruction matérielle et morale»  

Au-delà des morts et des blessés, ces explosions plongent encore davantage le pays dans une spirale infernale dont l’issue paraissait déjà très lointaine avant la catastrophe.

Les Libanais sont aujourd’hui excédés par la situation. C’est d’ailleurs avec beaucoup d’émotions que Caroline Torbey évoque la situation politique et économique de son pays.

«Nous avons une classe politique corrompue, qui est tellement dégueulasse, qui est tellement vomissable, qu’ils ont conduit le peuple libanais à la ruine. Nous n’avons plus rien. Ils nous ont pris notre argent, ils nous ont pris nos maisons et ils ont pris la vie de certains», lance-t-elle en colère.

Selon elle, le Liban ne sera jamais capable de se remettre de cette situation sans l’aide de la communauté internationale. Elle encourage tous ceux qui sont touchés par la tragédie à donner généreusement aux organismes sur le terrain.

«On est vraiment dans une situation dramatique et ce n’est pas la faute des Libanais, c’est la faute des politiciens corrompus et de la corruption de ce pays», explique-t-elle.

Dans les rues de Beyrouth, la douleur, la tristesse et le désespoir sont bien présents malgré la solidarité et la résilience des Libanais. Impossible, en voyant les images de cette ville ravagée, d’envisager à quoi ressembleront les prochains mois. Surtout que plusieurs Libanais ont tout perdu dans ces explosions.

«Les rues sont dévastées, observe Mme Torbey. Déjà que nous étions dans une situation économique dramatique, où les gens mouraient pratiquement de faim, avec ce qui se passe aujourd’hui, je peux le dire très sincèrement, Beyrouth a rendu l’âme. Beyrouth a eu son dernier souffle.»

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