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L’utilisation des gaz lacrymogènes par le SPVM bondit

Elsa Iskander | Agence QMI

GEN-Manifestation contre la brutalité policière à Montréal

MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

La police de Montréal a utilisé plus d’agents chimiques, comme les gaz lacrymogènes, durant le premier semestre de 2020 que durant n’importe quelle année complète de la précédente décennie, à l’exception de l’année 2012 marquée par les manifestations étudiantes. 

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a utilisé 33 munitions entrant dans la catégorie «irritants chimiques» de janvier à juin 2020, selon les informations obtenues par le «24 Heures» grâce à la Loi d’accès à l’information.

Or, des agents chimiques ont été utilisés, en moyenne, neuf fois par année de 2010 à 2019, excluant l'an 2012, d’après une compilation effectuée grâce aux rapports annuels du SPVM.

L’année 2012, avec quelque 700 manifestations sur le territoire montréalais, fait figure d’exception. Des agents chimiques avaient été déployés 201 fois, en écrasante majorité pour le contrôle de foule.

Le SPVM a refusé de spécifier le contexte d’utilisation des gaz lacrymogènes en 2020, comme le contrôle de foules ou lors d’opérations de l’équipe tactique d’intervention par exemple.

«Le SPVM n’est pas en mesure de commenter les statistiques relatives à l’utilisation des armes intermédiaires, outre le fait que ce sont les situations et leur analyse par nos effectifs qui déterminent quels outils sont les plus efficaces pour assurer la sécurité de la population lors de nos interventions», a déclaré le service de police.

Par ailleurs, le corps policier a employé des «armes intermédiaires d'impact à projection», comme celles tirant des balles en caoutchouc, 14 fois lors des six premiers mois de 2020. Le contexte d’utilisation n’a pas été précisé. C’est autant que le nombre moyen d’utilisations par année complète, entre 2010 et 2019.

Ces statistiques sont «alarmantes» selon le conseiller indépendant Marvin Rotrand, qui a rappelé que «les armes intermédiaires peuvent être très dangereuses et ne sont pas inoffensives».

Diminuer le recours

En juin dernier, dans la foulée de la mobilisation ayant suivi le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd, une coalition d’organismes, incluant aussi quelques élus montréalais, réclamait l’interdiction de l’utilisation de gaz lacrymogène par le SPVM.

Ces revendications sont encore plus pertinentes à la lumière des chiffres sur l’utilisation de gaz lacrymogène, a soutenu M. Rotrand qui fait partie de la coalition.

Tiffany Callender, directrice générale de l’Association de la communauté noire de Côte-des-Neiges, également membre de la coalition, demande plus de transparence sur le contexte d’utilisation. «Le SPVM doit clarifier pourquoi il y a une telle augmentation de l’utilisation de cet agent chimique dangereux», a-t-elle insisté tout en rappelant que la population a été confinée pendant plusieurs semaines en raison de la pandémie.

La responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Rosannie Filato, a assuré que l’usage des armes intermédiaires est un dossier suivi de près par la Commission de la sécurité publique.

«Notre administration croit que nous devons continuer à investir dans la prévention ainsi que les initiatives sociales et communautaires et que le SPVM doit prioriser la formation en techniques de désescalade et de gestion de crise afin de diminuer le recours à la force et aux armes intermédiaires», a ajouté l’élue.

Taser

Après une augmentation en flèche depuis quelques années, l’utilisation d’armes à impulsion électrique, communément appelées Taser, n’a pas beaucoup progressé en 2019.

On compte 392 utilisations, contre 383 en 2018, dont la plupart en mode «démonstration», c’est-à-dire que le policier sort l’arme uniquement.

Les Taser ont été utilisés en mode "projection" 41 fois en 2019; dans 5 autres cas, il y a eu contact direct avec la peau.

L’utilisation des Tasers reste trop élevée aux yeux de M. Rotrand. «Même si les agents ne tirent pas chaque fois, ils sont utilisés pour intimider et non pas comme une alternative à la force létale», a soutenu l'élu.

Selon des données préliminaires, ces appareils ont été utilisés 102 fois entre janvier et juin 2020, incluant 12 projections.

En date de juin dernier, le SPVM possédait 137 Taser.

Utilisation d’agents chimiques par le SPVM : 

2010 : 0
2011 : 1
2012 : 201
2013 : 7
2014 : 4
2015 : 13
2016 : 13
2017 : 6
2018 : 29
2019 : 8
2020 (janvier-juin seulement/données préliminaires) : 33

*Source : Données compilées à partir des rapports annuels du SPVM / demande d’accès à l’information