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«On ne peut plus vraiment parler d'espoir» au Liban

TVA Nouvelles

Les explosions de mardi avaient pour centre le port de Beyrouth, la colonne vertébrale de l’importation libanaise mais, à des kilomètres à la ronde, tout le pays semble avoir ressenti dans sa moelle la secousse de cette catastrophe de trop en 2020 - tellement que certains citoyens n’ont tout simplement plus envie de rester avec leur patrie.

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Naufrage économique, pandémie et maintenant des déflagrations meurtrières; puis quoi encore? C’est ce que semble se demander Nada Raphaël, guide touristique qui se trouvait à 70 kilomètres de Beyrouth en compagnie de touristes quand est survenue la tragédie.

«On ne peut plus vraiment parler d’espoir, a-t-elle lâché en entrevue sur les ondes de LCN, jeudi. J’étais parmi celles qui disaient toujours : "Ça va aller, ça va aller." Vous savez, on a eu une année extrêmement difficile. [...] C’est le chaos total. Les gens demandent au moins d’avoir un gouvernement qui bouge, qui fait quelque chose, une certaine stabilité, qu’elle soit politique, économique ou sociale»

«Ensuite, il y a eu [la COVID-19], puis le problème d’hier... Pardon, avant-hier; vous voyez, je ne me souviens plus on est quel jour. Personnellement, je n’ai plus d’espoir, a-t-elle répété. Je suis partie du Canada en 2013 pour m’installer au Liban. Maintenant, je me demande si ça vaut la peine de continuer.»

Affirmant être «là pour dire aux gens de venir voir le Liban», la guide et «senti la secousse» et «vu la fumée» avec ses clients. Avant ces explosions qui ont fait 137 morts et 5000 blessés dans la capitale, le Liban souffrait déjà non seulement des contrecoups de la propagation de la COVID-19, sanitaires et économiques, mais aussi du soulèvement de l’automne 2019 contre le gouvernement, accusé de corruption et d’inertie face à une pauvreté en croissance à travers la nation. 

Près d’un Libanais sur deux vivrait dans la pauvreté, rapportait l’AFP mercredi d’après des statistiques officielles.

«Mes amis sont extrêmement traumatisés, dit la guide touristique. Ils ne comprennent vraiment pas ce qui s’est passé. Quand je leur demande ce qu’ils ont vu, ils ne savent pas. On est au stade de chercher les gens et d’essayer d’aider. C’est après qu’on va se demander ce qu’on fait maintenant. Les gens qui ne voulaient pas partir commencent à penser à partir. C’est vraiment terrible.»

«Ç’a commencé en octobre, avec la révolution. Les gens sont déjà en colère, il y a une dévaluation de la livre libanaise (qui valait 0,00088 dollar canadien au moment d’écrire ces lignes, NDLR). Il y a des gens qui sont en colère contre le gouvernement qui ne fait pas son travail. En tant que guides opérateurs, on recevait entre 200 et 300 coups de fil par mois, de gens qui nous demandaient de les aider pour avoir des gens pour acheter leurs produits.»

Se serrer les coudes pour Beyrouth 

En attendant de trouver une façon de se relever ou de fuir, selon les cas, les gens du Liban sont en mode entraide, constat Nada Raphaël, installée dans un poste de sécurité pour discuter à distance avec les médias québécois.

«Il y a des centaines de milliers de bénévoles qui sont venus d’un peu partout au Liban pour aider à nettoyer, voir s’il y a encore des blessés à aider. Il y a des gens de partout, des étudiants et des adultes qui sont là avec leur balai et leur pelle. Ils cherchent, pour voir s’ils vont retrouver leurs proches. Ils passent d’un hôpital à un autre parce qu’ils ont perdu leurs proches, leurs amis.»

«C’est terrible ce qui se passe par ici», a résumé la citoyenne libanaise.