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Télétravail: le casse-tête d’enseigner à distance

Yan Lauzon | Agence QMI

PHOTO COURTOISIE

À l’instar de confrères du corps professoral impliqués dans les études supérieures, Marc Lalonde a dû adapter sa manière d’enseigner, d'offrir ses cours et de gérer son programme quand la COVID-19 a secoué le milieu de l’éducation. Tout ça, à partir de chez lui, loin des outils avec lesquels il travaille tous les jours. 

Comme on s’en doute bien, ce ne fut pas une mince affaire pour celui qui agit à la fois en tant que coordonnateur des programmes et professeur au Département de propulseur de l’École nationale d’aérotechnique (ÉNA).

La pratique, dans tout ça?

Pour ses collègues et lui, la fermeture de l’établissement situé à Saint-Hubert, et affilié au cégep Édouard-Montpetit, a été «un choc» et a nécessité «une prise de conscience».

«On avait une grosse crainte sur comment on fait pour montrer à des étudiants comment réparer, entretenir, établir des diagnostics de panne sur avions, hélicoptères, moteurs, etc.», explique Marc Lalonde.

Car, bien que l’aspect théorique de l’enseignement à distance, avec une trentaine d’élèves par groupe, représentait son lot de défis, le côté pratique à développer en même temps avec le groupe faisait carrément peur.

Heureusement, le talent manuel des étudiants était assez développé.

«On s’est concentrés plus sur comment on pouvait leur faire comprendre des systèmes, résoudre des problématiques et fouiller dans des manuels, parce que c’est beaucoup ça, en aéronautique.»

Quand l’informatique s’en mêle...

Or, ce ne fut pas tout. Marc Lalonde et les professeurs ont dû entretenir une étroite relation avec l’univers informatique et virtuel.

«On a mis du temps et on s’est cassé la tête à apprendre les plateformes informatiques, les vidéoconférences et Zoom de ce monde. Au cégep Édouard-Montpetit, on avait accès à toute la suite Microsoft, donc on pouvait se servir de Microsoft Teams et les étudiants y avaient aussi accès gratuitement. On ne s’en servait pas, avant ça; les rencontres se faisaient sur place...»

Conséquence: il a passé des journées entières devant un écran, à créer de nouveaux cours.

«Là, je ne pouvais plus être en avant pour expliquer des choses. Le PowerPoint n’est plus juste un appui ou un aide à l’enseignement; c’est rendu l’enseignant! On a aussi appris qu’on pouvait faire de la narration, créer une vidéo et la mettre sur YouTube.»

À travers tout ça, il fallait évidemment s’assurer que les étudiants puissent avoir accès à tout, tant aux différents manuels pédagogiques qu’au réseau de l’école.

«On est devenus des conseillers informatiques pour les étudiants», confie Marc Lalonde.

La suite

Fort de cette adaptation réussie, Marc Lalonde peut entrevoir la session scolaire d’automne avec optimisme.

«S’il y a une partie qui se fait à distance, ce qui est bien, c’est qu’on maîtrise maintenant les plateformes. Et on va essayer d’en limiter le nombre pour aider les étudiants.»

Ce qu’il souhaite surtout, c’est de pouvoir accueillir des gens le temps de différents laboratoires, même si ça implique d’appliquer une distanciation.

«Notre but, c’est de favoriser les laboratoires, évidemment, et de faciliter la tâche aux nouveaux étudiants, ceux qui ont eu une fin de secondaire pénible et qui arrivent au cégep pour la première fois. Il faut les encadrer, on ne peut pas les laisser libres...»

Après avoir passé du temps comme jamais devant un écran d’ordinateur, le coordonnateur et professeur lève son chapeau à tous ceux et celles qui le font quotidiennement.

«C’est incroyable de dire, à la fin de la journée, qu’on a mal aux yeux, à la tête, aux épaules...»

Trois trucs pour motiver l’enseignement virtuel  

Être original

«Je pense que c’est dans l’originalité de ce qu’on demande aux étudiants de faire, avance Marc Lalonde. S’il fallait qu’ils créent quelque chose comme une vidéo, ils avaient une obligation [...]. Des comptes à rendre, ç’a beaucoup aidé pour obliger et motiver.»

Conserver un lien direct et une disponibilité

«Ça m’a motivé de pouvoir parler aux étudiants, de voir leur visage. Je leur demandais d’ouvrir leur caméra [...]. Ce contact direct a aidé beaucoup en disant “OK, la semaine prochaine, je compte te voir”. Je mentionnais à mes étudiants: “Si t’as un problème, tu n’as pas besoin d’attendre mon heure normale de disponibilité; écris-moi, je suis pris à la maison comme tout le monde, alors j’ai du temps."»

Instaurer une présence obligatoire

«Il faut qu’il y ait une discipline. Se dire qu’à telle ou telle heure, je dois aller à l’école ou m’installer devant mon écran d’ordinateur. Ça va obliger à avoir un rythme, à être régulier.»