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Sans papa depuis quatre mois

Nora T. Lamontagne | Journal de Montréal

GEN-Portrait de ______ qui á dû accouché seule car son mari est àl 'étranger en raison de la COVID

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Une Québécoise de 23 ans qui a dû accoucher sans son mari libanais qualifie d’« inhumains » les délais d’immigration qui empêchent son fils de voir son papa depuis quatre mois.

« Je ne me suis pas mariée pour être une mère célibataire », s’exclame Lyne Al-Outa, qui élève seule le petit Adam depuis sa naissance le 31 mars, en pleine pandémie. 

Son père, Ali Caracalla, ne rêve que de prendre son fils dans ses bras. 

« Je veux le voir grandir », a-t-il dit en anglais samedi au Journal, dans une conversation sur WhatsApp. 

La catastrophe qui a eu lieu il y a quelques jours à Beyrouth n’a que renforcé la détermination du couple à faire tout en son possible pour se retrouver. 

« Ali aurait pu mourir sans voir son fils », s’alarme Mme Al-Outa, même si son conjoint n’habite pas la capitale libanaise, où des explosions ont tué au moins 158 personnes et fait des centaines de milliers de sans-abri. 

Une demande sans réponse 

Après un mariage devant 500 invités au Liban, Lyne Al-Outa et Ali Caracalla ont déposé une demande de réunification familiale en septembre dernier. 

Peu après, ils ont informé Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada que Mme Al-Outa était enceinte, échographie à l’appui. 

« J’ai envoyé les papiers en pensant qu’ils allaient être humains et accélérer le processus », se rappelle-t-elle.  

En février, au septième mois de grossesse de la jeune femme de 23 ans, sa gynécologue a même écrit une lettre pressant le ministère fédéral d’autoriser la venue de son conjoint à temps pour l’accouchement. Leur demande est restée sans réponse.

Naissance par vidéo 

Mme Al-Outa a finalement donné naissance au petit Adam en présence de sa mère, à l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, au pic de la COVID-19 au Québec. 

Son mari, au travail ce jour-là au Liban, a pris une pause pour assister à la naissance de son fils par vidéo sur son téléphone. 

« J’étais en pleurs... Imaginez, c’est mon premier bébé », confie-t-il.

Il ne manque qu’un certificat octroyé par Québec pour que M. Caracalla obtienne sa résidence permanente canadienne. Le processus prend 25 jours en temps normal, selon la déclaration de service du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). M. Caracalla attend depuis neuf mois. 

Sa femme vérifie « cinq ou six fois par semaine » l’avancement de son dossier au MIFI. 

« Quand j’appelle, ils me disent : “encore toi !?” ». 

Elle a déposé deux plaintes pour dénoncer le lent traitement de sa demande. 

Pendant ce temps, les parents ignorent toujours quand leur petite famille pourra être réunie pour la première fois. 

« On est angoissés. J’espère vraiment qu’ils [les gouvernements] pourront faire quelque chose pour nous », demande M. Caracalla.