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Les dettes ou les vacances, à quoi consacrer le « surplus COVID » ?

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

Pink piggy bank, savings concept. 3d rendering

Illustration Adobe Stock

La pandémie a eu bien des répercussions négatives sur nos vies, mais elle a parfois eu des impacts positifs insoupçonnés. Ainsi, Mathilde se retrouve avec un excédent budgétaire inattendu et se demande quelle serait la meilleure façon de l’utiliser.

Mère monoparentale de deux ados, Mathilde a heureusement pu conserver son emploi malgré la crise. Avec la diminution de nombreuses dépenses, par exemple celles liées au transport, et grâce au report de ses paiements hypothécaires, elle a même réussi à mettre 3500 $ de côté. Une épargne inespérée qu’elle veut utiliser le mieux possible. 

Oui, mais comment ? Elle se demande si elle devrait s’en servir pour rembourser une partie du solde de 6500 $ sur ses cartes de crédit ou en profiter pour s’offrir de petites vacances en camping en famille. Pour l’aider à prendre la meilleure décision, elle a contacté la ligne d’information de Jean Fortin et Associés. 

Partir en vacances

Le confinement a été difficile pour les Québécois, et maintenant que les beaux jours sont arrivés, avec un retour relatif de notre liberté de déplacement, bien des gens ont envie de sortir de la maison pour s’évader un peu. C’est le cas de Mathilde qui voudrait partir en camping avec ses deux garçons. Pour mener à bien son projet, elle devra toutefois faire des achats : tentes de camping, sacs de couchage, etc., qui coûteront environ 2500 $. Elle se dit que cet investissement présente l’avantage de lui permettre d’acquérir du matériel de camping neuf qui durera plusieurs années.

« Toutefois, son solde de cartes de crédit est actuellement à un taux d’intérêt réduit à 11 %, en raison des mesures d’allègement prises par les institutions financières. Mais c’est temporaire, et ils remonteront bientôt à 19 %. À ce taux-là, cela représente un montant de plus de 100 $ par mois uniquement en intérêts », souligne Pierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité et président de Jean Fortin et Associés. 

Quelles sont les options de Mathilde pour partir en vacances sans trop dépenser ? Habituellement, il est possible de louer du matériel de camping à un coût moindre dans les magasins spécialisés, mais les commerçants ne l’offrent plus en raison de la situation sanitaire. Autre option : emprunter du matériel à des amis ou à la famille ou encore louer un site prêt à camper comme les populaires tentes Huttopia dans les établissements de la SEPAQ. Tout le matériel est fourni et on n’a plus qu’à apporter son sac de couchage et sa nourriture.

Rembourser les cartes de crédit

Si elle choisit cette solution, Mathilde pourrait conserver une bonne partie de son pécule et utiliser seulement 1000 $ pour ses vacances. Elle pourrait donc rembourser une partie de ses cartes de crédit avec les 2500 $ restants.

« Par la suite, puisqu’elle a un emploi, elle devrait s’efforcer de verser 200 $ par mois sur ses cartes au lieu de ne payer que le montant minimum. À ce rythme, elle aura tout remboursé en deux ans avec des frais d’intérêt totaux de 847 $. Il lui en coûterait 2000 $ de plus si elle ne remboursait pas partiellement ses cartes cet été », explique Pierre Fortin.

Sans vouloir être pessimiste, le syndic soutient que la situation est loin d’être revenue à la normale et que plusieurs entreprises et emplois sont encore fragiles. La prudence est donc de mise dans la façon de dépenser ses revenus. « L’argent investi dans le paiement d’une carte de crédit ou d’une marge de crédit réduit la facture d’intérêts, et de plus, nous permet d’y avoir recours à nouveau en cas de besoin puisque son remboursement partiel aura dégagé une marge de manœuvre supplémentaire », mentionne Pierre Fortin. 

Conseils  

-Si vous avez réussi à dégager un peu d’épargne durant la pandémie parce que plusieurs de vos dépenses ont diminué, ne les dépensez pas sur un coup de tête et pesez bien le pour et le contre avant de prendre une décision. 

-L’avenir est encore incertain, et l’économie est loin de s’être remise de la crise. Si vous avez des liquidités, priorisez le remboursement des dettes et constituez un petit coussin financier. 

-Nous devrions tous disposer d’un fonds d’urgence pour pouvoir faire face aux situations imprévisibles. Si elles en avaient eu un, de nombreuses personnes auraient pu traverser la pandémie plus facilement sur le plan financier. Malheureusement, le taux d’épargne des Québécois a diminué au fil des ans, alors que leur taux d’endettement a augmenté. La situation actuelle devrait nous inciter à y réfléchir.