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Faut-il prendre le vaccin russe au sérieux?

TVA Nouvelles et AFP

La nouvelle est venue de nulle part : tandis que le monde entier s’attend à la mise en circulation d’un hypothétique vaccin efficace contre la COVID-19 seulement à partir de 2021, la Russie a annoncé lundi en avoir déjà un de prêt. Faut-il prendre ce vaccin au sérieux?

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Dr Jacques Lapierre, virologue responsable de la fabrication du vaccin pandémique influenza en 2009, y voit plutôt une «phase 3 de recherche» qui commence et une «bravade» des Russes à l’endroit des Américains. 

Si c’est le cas, «ils seraient au même niveau que les autres», a tempéré le virologue à la retraite en entrevue sur les ondes de LCN, mardi. 

«Ce que je vois dans ce qui est publié, c’est qu’ils ont inoculé quelques personnes et s’engagent à agrandir le nombre de personnes vaccinées, a-t-il expliqué. Pour les Russes, ce vaccin est peut-être licencié. Je pense que les Russes sont capables de faire des vaccins de qualité, sauf que je trouve ça très rapide. Avant de me faire vacciner, j’aimerais ça voir des données de leurs études cliniques et de leurs résultats.»

Comme le souligne Dr Lapierre, le vaccin russe nommé Spoutnik V est à vecteur viral, c'est-à-dire qu'il utilise comme support un autre virus qui a été transformé et adapté pour combattre la COVID-19. Il utilise l'adénovirus, une technologie également choisie par l'Université d'Oxford.

«La possibilité qu’un vaccin soit fabriqué est là», note l’expert, qui doute cependant de la protection longue durée vantée par le président Vladimir Poutine.

«Quand on dit que ça va être une protection de deux ans, je ne sais pas comment ils peuvent conclure ça, parce que si tu as vacciné quelques personnes il y a un ou deux mois, c’est difficile de dire que les anticorps vont durer deux ans», prévient-il.

Des milliards de doses déjà sécurisées à travers le monde   

Aucun vaccin expérimental, incluant le vaccin russe, n’a prouvé son efficacité contre le nouveau coronavirus dans des essais cliniques aboutis, mais l’achat d’au moins 5,7 milliards de doses de différents vaccins ont déjà été préachetées dans le monde.

«Toute cette campagne de fabrication de vaccins, c’est très politique et monétaire, a commenté Dr Lapierre. Il y a beaucoup, beaucoup d’argent engagé dans tout ça. Poutine et Trump ne sont peut-être pas les meilleurs amis du monde. C’est un peu une petite compétition. [Le vaccin] ne s’appelle pas Spoutnik pour rien. Ils ont été les premiers à mettre quelque chose dans l’espace, avant les Américains.»

Le gouvernement de Donald Trump a annoncé mercredi dernier un nouvel investissement d'un milliard de dollars dans le projet de vaccin contre la COVID-19 de la compagnie pharmaceutique Johnson & Johnson, faisant monter les investissements totaux à plus de neuf milliards de dollars.

Au Canada, Ottawa annonçait le même jour s’être entendu avec Moderna ainsi qu’avec Pfizer et BioNTech, pour sécuriser d’éventuelles doses des deux vaccins contre la maladie, sans dévoiler de détails financiers.