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La France veut punir les meurtres des siens au Niger

Agence France-Presse

Renforcer la sécurité des Français au Sahel, ne pas laisser le crime impuni et en tirer les conséquences militaires: Paris a haussé le ton mardi après l'attaque qui a fait huit morts, dont six humanitaires français dimanche au Niger.

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Il y a d'abord eu les condamnations: "une attaque manifestement terroriste" pour Emmanuel Macron, «un crime odieux» pour le Premier ministre Jean Castex qui a également évoqué une "lâcheté difficilement descriptible".

Les deux hommes participaient mardi à un conseil de défense avec les principaux ministres régaliens, consacré aux conséquences de cette attaque.

«J'ai décidé de renforcer les mesures de sécurité pour nos ressortissants dans la région», a déclaré le chef de l'État dans un tweet à l'issue de ce conseil.

Il n'a pas donné de détails sur les mesures qui devraient être mises en place, notamment par le ministère des Affaires étrangères.

«Nous mettons tout en oeuvre pour soutenir les familles des victimes et répondre à l'attaque qui a coûté la vie à six de nos compatriotes et à deux Nigériens», a également assuré Emmanuel Macron. «Membres de l'ONG Acted, ces six jeunes témoignaient d'un engagement remarquable pour les populations», a-t-il ajouté.

Au total, sept personnes travaillant pour l'ONG Acted (Agence d'aide à la coopération technique et au développement), six Français, dont quatre femmes, et un Nigérien, ont été tuées dimanche avec leur guide nigérien par des hommes armés, à Kouré, à 60 km au sud-est de Niamey, lors d'une excursion touristique.

Mais le président français a également souhaité tirer les conséquences, notamment «militaires», de cette attaque, non revendiquée mais attribuée aux groupes jihadistes sahéliens, parmi lesquels figurent l'État islamique au Grand Sahara (EIGS) et survenant quelques mois avant une présidentielle dont le premier tour est fixé au 27 décembre.

Quelque 5100 militaires français sont déployés au Sahel dans le cadre de la force Barkhane pour lutter contre les groupes jihadistes armés, en soutien aux armées des cinq pays de la région, dont le Niger.

Ces derniers mois, l'armée française et celles des pays africains du G5 Sahel ont multiplié les offensives dans la région, en particulier dans la zone dite des «trois frontières» entre Mali, Niger et Burkina Faso.

«Il est important qu'on puisse faire le point sur la situation au Niger, les éléments qui sont en notre possession, les avancées de l'enquête, les démarches diplomatiques qu'on doit effectuer, évidemment les conséquences militaires qu'on doit en tirer, les conséquences sur l'ensemble de nos dispositifs dans la région» du Sahel, a affirmé le chef de l'État.

«Nous poursuivons l'action pour éradiquer les groupes terroristes avec l'appui renforcé de nos partenaires», a affirmé Emmanuel Macron.

Une équipe de 11 enquêteurs français spécialisés s'est envolée mardi pour le Niger, dans le cadre d'une demande d'entraide internationale acceptée par les autorités nigériennes, ont indiqué à l'AFP des sources policière et judiciaire.

Trois membres de la police technique scientifique en font notamment partie.

Le parquet national antiterroriste français avait annoncé lundi avoir ouvert une enquête notamment pour «assassinats en relation avec une entreprise terroriste».

Acted a quant à elle annoncé suspendre temporairement ses activités au Niger, où elle dispose d'un réseau de 200 salariés, mais a réaffirmé sa volonté de rester dans le pays à l'avenir.

«Il n'est pas question de quitter le pays, il n'est pas question de quitter la région, nous sommes là pour aider les bénéficiaires», a déclaré le président de l'ONG, Frédéric de Saint-Sernin, sur la radio RFI.

«La communauté internationale (doit réaliser) la contradiction qu'il y a entre nous demander de soutenir ces populations qui vivent de façon dramatique et nous laisser seuls confrontés à une violence où nous sommes devenus les cibles les plus faciles», avait regretté lundi le co-fondateur d'Acted Frédéric Roussel, lors d'une conférence de presse.