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Colonialisme et esclavage: découvrir le Vieux-Montréal sous un nouvel angle

Maude Carmel | 24 Heures

MAUDE CARMEL/24 HEURES/AGENCE QMI

Le Montréalais Rito Joseph offre depuis trois ans des tours guidés du Vieux-Port, axés sur l’histoire du colonialisme et de l’esclavage dans la métropole. Ceux-ci n’ont jamais été aussi populaires que cette année. 

«Cette année, le groupe [de 30 personnes maximum] est souvent complet», révèle Rito Joseph, un passionné d’histoire autodidacte et fondateur de CHAM Entertainment, une entreprise visant à faire connaître la culture et l’histoire afrodescendante par le biais de présentations et d'ateliers.

Chaque semaine, il propose aux intéressés de revisiter, pendant une séance de 90 minutes, de nombreux lieux et monuments du Vieux-Montréal sous un nouveau point de vue: celui des esclaves noirs qui s’y trouvaient entre le 17e et le 19e siècle.

«On parle beaucoup de l’esclavage aux États-Unis et en Europe, mais très peu à l’échelle locale», a expliqué celui qui a donné des conférences aux États-Unis et au Ghana, notamment.

La montée cet été du mouvement Black Lives Matter, qui dénonce les injustices subies par les communautés noires à travers le monde, a certainement joué un rôle dans cet engouement, selon lui.

«Les gens veulent savoir, ils sont maintenant prêts à connaître les faits. Dans l’imaginaire collectif québécois, on pense qu’il n’y avait pas de Noirs à Montréal avant les années 60. Pourtant, il y en a depuis 300 ans!»

Lieux d’exécutions, plaques commémoratives, statue de Marguerite Bourgeois; voilà quelques-uns des nombreux endroits qu’on peut découvrir avec des yeux tout neufs pendant la visite, offerte aussi bien en français qu'en anglais.

«Il n’y a personne pour nous apprendre l’histoire des Noirs au Québec, du moins pas à l’école, et je trouve ça désolant», a laissé tomber Rito Joseph.

Ses informations, Rito Joseph les prend auprès des archives de la Bibliothèque nationale, mais aussi dans des livres d’histoire. Une de ses autrices de prédilection est Afua Cooper, professeure et poétesse canadienne de descendance jamaïcaine, ayant complété son doctorat en histoire afro-canadienne, plus précisément sur l’esclavage et son abolition, ainsi que sur l’histoire des femmes noires au Canada.

La visite aborde au passage les relations entre les colons français et les populations autochtones. «L’histoire des Premières Nations est intimement reliée à celle des Afrodescendants, dans la mesure où leurs points de vue ont carrément été effacés des enseignements. Il y a définitivement un travail de rééducation à faire», a souligné Rito Joseph.

Ultimement, celui-ci aimerait donner des ateliers d’histoire aux jeunes du secondaire. «Ce que je veux en fait, c’est continuer à partager des informations ignorées de la majorité. Petit à petit, en éduquant les plus jeunes, on change le type d’information qui est véhiculée par la société!»

Les tours devraient se poursuivre au moins jusqu’en septembre. Pour l’horaire et les tarifs des visites, on peut consulter les médias sociaux du guide sur Facebook (facebook.com/ritojosephm) ou Instagram (@rj_cham).