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La police bélarusse tire avec des armes à feu sur les protestataires

Agence France-Presse

La police bélarusse a annoncé mercredi avoir procédé à environ mille nouvelles arrestations dans la nuit et fait usage de balles réelles la veille, au troisième jour d'une contestation postélectorale violemment réprimée, suscitant les protestations de l'UE et de Washington.

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Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a, de Prague, apporté son soutien aux manifestants, jugeant que le peuple bélarusse avait droit aux «libertés qu'il réclame».

Les ministres des Affaires étrangères des États membres de l'UE doivent quant à eux se réunir vendredi et Bruxelles a menacé de prendre des sanctions contre Minsk en raison des fraudes électorales et de la dureté de la répression.

Les forces de sécurité ont au total arrêté quelque 6000 personnes au Bélarus depuis dimanche, sans que l'on sache combien sont encore détenues.

Le ministère bélarusse de l'Intérieur a pour sa part estimé que la mobilisation des manifestants dénonçant la réélection le 9 août du président Alexandre Loukachenko, qui dirige son pays d'une main de fer depuis plus d'un quart de siècle, était désormais en baisse.

Sa rivale, l'opposante Svetlana Tikhanovskaïa, a revendiqué la victoire, avant de quitter le Bélarus pour la Lituanie, dans la nuit de lundi à mardi. Un départ sous la menace des autorités, selon ses partisans.

À la mi-journée mercredi, des dizaines de femmes, vêtues de blanc et tenant des fleurs, ont formé une chaîne humaine dans le centre de la capitale bélarusse pour dénoncer les violences policières.

«L'amour ne s'impose pas par la force», était-il écrit sur une banderole. Elles sont reparties avant que la police antiémeute n'intervienne.

Des centaines de personnes étaient aussi rassemblées devant un centre de détention de Minsk, pour tenter d'avoir des nouvelles de proches probablement arrêtés.

Depuis dimanche soir, la police use de grenades sonores et de balles en caoutchouc pour disperser les protestataires et 51 personnes de plus ont été blessées mardi soir, selon un bilan officiel.

À Brest, dans le sud du Bélarus, la police a cependant tiré à balles réelles sur les manifestants «agressifs» armés barres en métal, blessant l'un d'eux, a déclaré le ministère de l'Intérieur.

De nombreuses scènes de passage à tabac de manifestants étaient également diffusées sur les réseaux sociaux.

Les autorités affirment être face à des casseurs et à des provocateurs, pilotés de l'étranger.

La nuit passée, selon des journalistes de l'AFP, des témoins et des médias de l'opposition, les forces antiémeutes ont donné l'assaut sans ménagement dans la capitale à de petits groupes de personnes dans différents quartiers, empêchant les rassemblements de grossir.

Ian, un ambulancier de 28 ans qui a participé aux actions de protestation, pense que la police cherche à « terroriser les gens, pour qu'ils restent assis (chez eux) et se taisent ».

«Il n'y avait jamais eu de manifestations d'une telle ampleur et sur une telle durée et il n'y avait jamais eu (une répression) d'une telle violence», a estimé Oleg Goulak, du Comité Helsinki au Bélarus, une ONG de défense des droits humains.

De nombreuses organisations ont aussi dénoncé les arrestations de journalistes indépendants ou de l'opposition.

D'après Alexandre Baounov, du centre Carnegie de Moscou, M. Loukachenko peut compter sur la fidélité de ses troupes pour mettre les contestataires au pas.

«Il a la main sur tout l'appareil répressif et, avec ça, il terrorise la population», relève-t-il.

Véronika Tsepkalo, une des figures de la campagne électorale de l'opposition, qui s'est réfugiée à Moscou le jour de la présidentielle, a dès lors appelé les policiers à «cesser d'obéir à des ordres illégaux».

Selon les résultats officiels de l'élection de dimanche, M. Loukachenko a obtenu plus de 80 % des voix, un score fantaisiste, disent ses détracteurs, qui estiment au contraire que Mme Tikhanovskaïa, créditée de 10 % des voix, a gagné le scrutin.

Cette dernière ne s'est pas exprimée depuis sa vidéo mardi annonçant son départ précipité pour la Lituanie. Selon les responsables de sa campagne, elle a subi des menaces quand elle a été retenue des heures durant par les forces de sécurité lundi.

Alexandre Loukachenko, 65 ans, n'a jamais laissé aucune opposition s'ancrer. Celle-ci ne dispose d'aucun élu au parlement et la précédente vague de contestation, qui remonte à 2010, avait aussi été sévèrement réprimée.

Mme Tikhanovskaïa, une novice en politique âgée de 37 ans, a mobilisé en quelques semaines des dizaines de milliers de personnes, une forme de ferveur politique que le Bélarus n'avait jamais connue auparavant.

Cette mère au foyer avait remplacé son mari Sergueï, un vidéo-blogueur en vue, après son arrestation en mai au moment où il gagnait en popularité.

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