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Porter un masque sans avoir l’air bête

Camille Lalancette | Agence QMI

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CAMILLE LALANCETTE/24 HEURES/AGENCE QMI

Les petits sourires courtois et les «mercis» glissés à voix basse ne sont plus perceptibles avec le port du masque obligatoire, qui vient bousculer nos habituelles marques de politesse. Il y a toutefois moyen de porter le couvre-visage sans avoir l’air bête, nous assure une spécialiste.

«Il y a plein de façons de remercier un commerçant au-delà d’un sourire!», a lancé Julie Blais Comeau, spécialiste en étiquette et conférencière.

Si elle concède qu’il est plus difficile d’observer les expressions faciales d’une personne qui porte un masque, elle soutient que le non verbal s’exprime d’une foule d’autres façons. Le hochement de tête pourrait par exemple devenir une mimique davantage utilisée pour transmettre un remerciement.

Comme les normes et les codes sociaux évoluent au fil du temps, le port du masque en lui-même pourrait devenir considéré comme une marque de politesse, estime Mme Blais Comeau, comme c’est d’ailleurs le cas dans plusieurs pays asiatiques.

«Le port du masque, la distanciation sociale, tous ces codes, on est dans la santé et la sécurité, la bienveillance envers autrui, on parle de civilité», a-t-elle expliqué.

Le choix d’un masque coloré et avenant peut aussi jouer sur la perception. «Une personne qui porte un masque avec un nez et des moustaches de chat, ça donne une impression différente de quelqu’un qui porte le masque chirurgical bleu pâle», fait-elle remarquer.

Pour ceux et celles qui veulent vraiment s’assurer de remercier explicitement les commerçants – surtout que plusieurs sont dans une période difficile –, il existe plusieurs options, affirme la spécialiste:

- Laisser un commentaire positif ou partager son expérience sur les réseaux sociaux, en identifiant l’entreprise;

- Contacter un gestionnaire par lettre, courriel ou téléphone pour souligner le travail exceptionnel d’un membre de l’équipe;

- Tout simplement prendre le temps de dire clairement «merci» à la personne qui nous reçoit. «On peut entendre un sourire [dans la voix]», a assuré Mme Blais Comeau.

En cours d’éclosion

Si, pour le moment, il peut sembler étrange de croiser le regard d’autres personnes masquées à l’intérieur des commerces et des établissements, au fil du temps, l’habitude devrait s’installer et de nouvelles conventions sociales pourraient voir le jour.

Marina Doucerain, chercheuse en psychologie sociale et culturelle à l’Université du Québec à Montréal, souligne que les conventions sociales évoluent toujours et se développent par imitation. Elles seraient donc en train d’éclore.

«On observe et on fait la même chose [que les autres]. Les personnes qui ont plus de prestige, plus de statut, plus de «valeur sociale» entre guillemets, elles vont avoir un rôle de modèle qui va être plus important», a-t-elle expliqué.

Soyons donc attentifs : c’est un nouveau code social qui est en train de naître autour de nous, et chaque citoyen participe à le bâtir.

L’exemple asiatique

On l’a souvent dit au fil des derniers mois: dans plusieurs pays d’Asie, le port du masque pour prévenir la transmission de virus est répandu depuis longtemps et ne fait pas sourciller. Le «24 Heures» a demandé à trois Montréalais d’origine asiatique pourquoi ils avaient aussi peu de réticence à adopter le port du masque.

«[Au Vietnam], nous n’avons pas un système de santé universel, alors porter le masque pour protéger sa famille ce n’est rien. Parce que si une personne tombe malade, le coût médical est trop élevé, ça pourrait nous mettre à la rue», a donné en guise d’exemple Tommy Chen, qui réside au Canada depuis huit ans.

Amy Ho, originaire de Hong Kong, souligne que la crise du SRAS en 2003 a ébranlé plusieurs personnes de façon durable. «Ce n’est pas dans notre culture le masque, on ne nait pas avec nos masques. [Mais] quand on fait face à un problème de santé publique, on devient plus sensible aux "sacrifices", on fait seulement mettre nos libertés personnelles de côté.»

«L’éducation est très importante là-dedans, a renchéri Tommy Chen. Quand tu es un enfant, on te montre à te laver les mains, à ne pas toucher ton masque. Alors qu’ici, au Canada, on n’apprend rien de ça, même lorsqu’il y a la grippe», a lancé celui qui étudie au baccalauréat en enseignement du français langue seconde.

Moins tactiles

Au-delà du port du masque, les formules de salutation dans certains pays asiatiques sont également moins tactiles que celles que nous avons au Québec. «Je n’ai jamais fait de poignée de main, je ne suis vraiment pas familière avec ça. Avec mes amis, je fais surtout des saluts de la main», a donné en exemple Ming Lee, arrivée de Hong Kong il y a quelques mois à peine.

Bernard Bernier, directeur du département d’anthropologie de l’Université de Montréal et spécialiste du Japon, note la même tendance dans ce pays. «On ne se serre pas la main, ce qui est un avantage durant les pandémies», a-t-il dit, précisant que les formules de salutation polies se font autrement, notamment en se courbant devant les autres.

«Il y a toute une étiquette dépendamment de l’âge, du sexe, de la position sociale, on se prosterne plusieurs fois, plus bas», a-t-il énuméré.