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De l’art en direct sur Sainte-Catherine

Gabriel Beauchemin

PORTRAIT-DEUX-ARTISTES-ART-EN-DIRECT

Dominick Gravel/Agence QMI

Le festival Mtl en Arts présente cet été une édition allégée à travers laquelle près d’une vingtaine d’artistes se promèneront sur la rue Sainte-Catherine pour créer des œuvres de grands formats, en direct, sur support mobile.

La rue Sainte-Catherine était grandement animée lors du passage du «24 Heures». Son dynamisme, nourri par le passage ininterrompu de Montréalais déambulant au centre-ville et le soleil de l’après-midi qui l’éclairait alors d’une lumière chaude et franche, était cette fois-ci augmenté par la présence de deux artistes peintres affairés sur des toiles de grand format.

Reno Hébert et Catherine Morin peignaient sur chacune des deux faces d’un tableau sur support mobile, qu’ils déplaçaient tout au long de la journée, dans des espaces dessinés au sol et destinés à cet effet, devant des passants parfois pressés, souvent curieux.

«C’est le "fun" d’avoir des réactions et de sortir de ton atelier, explique d’abord Reno Hébert, entre deux coups de pinceau. C’est “tough” d’être tout le temps dans ton atelier, tu es toujours tout seul, avec tes affaires. Juste de faire ça devant le monde et d’avoir des réactions, des gens qui disent des niaiseries ou du monde qui disent que c’est super cool ce que tu fais, c’est le "fun".»

L’initiative, intitulée «Art en direct» et mise en branle par le festival Mtl en Arts, a débuté le 30 juillet dernier et se poursuivra jusqu’au 13 septembre. C’est 18 artistes qui investiront, toujours en duo, le centre-ville à coup de toiles créées en temps réel. Les performances, étalées sur deux jours, ne sont d’ailleurs jamais annoncées à l’avance, de façon à éviter les rassemblements en ces temps de pandémie. Pour voir des peintres à l’œuvre sur la rue Sainte-Catherine, il faut un coup de chance.

Défis

«Ce n’est pas la première fois, mais ce n’est pas à mon habitude, ce n’est pas le truc qui me rend le plus à l’aise, du monde, dit pour sa part Catherine Morin, lorsqu’on la questionne sur ses impressions concernant la peinture en direct. Je suis vraiment solitaire, c’est un "challenge".»

L’exercice de créer une œuvre sur un tableau déambulant, à l'extérieur et à la vue d’un public enthousiaste, peut sembler plein d’attraits, mais il comporte cela dit quelques défis.

«Ce qui est un défi, c’est de le faire en deux jours, indique Reno Hébert. Et souvent, les gens arrêtent te parler, alors tu n’es pas concentré, tu n’es pas dans ton atelier avec toutes tes affaires. Et il fait tellement chaud que quand j’arrive pour mettre un peu de peinture, elle sèche instantanément. C’est tout un environnement, et c’est un environnement assez rock and roll, y’a pas mal de "junkies", pas mal de monde, mais ça fait partie de la "game". Et c’est ça qui est cool, ça te sort de chez vous.»

Gros poisson

Pour Catherine Morin, c’est également la réception des passants qui peut parfois être une source d’inquiétude.

«Ce que je fais souvent, ça ne plaît pas à tout le monde. Et d’avoir des commentaires, en direct... Mais là, ça se passe bien, ça se passe très bien même. Il faut le prendre sur soi et être capable d’entendre les mauvais commentaires des fois. En même temps, parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en. Tant que ça fait réagir, ou que les gens trouvent ça différent, ça va», indique-t-elle.

«Pour ce qui est de la peinture, c’est sûr que je vais y aller avec quelque chose de plus simple que ce que je fais d’habitude, ajoute Reno Hébert. En général, je fais des affaires beaucoup plus complexes, j’ai beaucoup de temps.»

«Là, j’ai décidé de faire un gros poisson avec une face d’humain, je vais mettre un gallon de javel avec de l’huile qui coule, histoire de passer un petit message subtil sur la beauté de nos océans», explique l’artiste, le sourire aux lèvres.

Mtl en Arts, version allégée

Le festival Mtl en Arts a décidé d’opter cet été pour une version 2.0 et une programmation moins étoffée qu’à l’habitude, étant donné les contraintes reliées à la pandémie de la COVID-19.

«À la mi-avril, avec l’annulation des festivals jusqu’au 31 août, on a décidé d’annuler cette édition-là, explique d’abord Stéphane Mabilais, directeur général de Mtl en Arts. Et au fur et à mesure qu’on recevait la réponse de nos "subventionneurs", on avait certains appuis qui commençaient à arriver, on a eu des supports qui se sont rajoutés, jusqu’au moment où on a commencé à avoir la possibilité de mettre en place quand même des activités, malgré l’annulation.»

En résulte une édition simplifiée, à travers laquelle quatre activités, deux physiques et deux virtuelles, sont à l’horaire.

La première, intitulée «Art public» et soutenue par la SDC du Village et l’arrondissement de Ville-Marie, avait pour objectif d’embellir la rue Sainte-Catherine, de la rue Saint-André à l’avenue Papineau. Ont été peints au sol les espaces qui seront investis plus tard à travers la deuxième activité du volet physique, lors de la création des œuvres sur support mobile.

Le volet virtuel sera composé pour sa part d’une exposition rassemblant 30 artistes, présentée sur le site web de Mtl en Arts du 17 août au 31 août, ainsi que d’un encan à travers lequel il sera possible d’encourager financièrement les exposants.

«Il va y avoir une boutique intégrée à ça, les gens pourront directement prendre contact avec l’artiste s’ils sont intéressés par une œuvre, explique le directeur général. Et suite à ça, c’est la partie encan virtuel. Il y aura environ 40 ou 50 œuvres, les gens auront 13 jours pour miser.»

L’encan en ligne se déroulera du 1er au 13 septembre. Toutes les informations sont disponibles via mtlenarts.com.