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Des résidus d’amiante menacent des lacs et rivières

Annabelle Blais | Journal de Montréal

Malgré les déversements de résidus d’amiante dans plusieurs cours d’eau de la région de Thetford Mines, le ministère de l’Environnement ne fait pratiquement pas de suivi. Une situation qui inquiète les riverains.

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De nombreux citoyens fréquentent ces cours d’eau, des municipalités y puisent leur eau potable. Et pourtant des résidus miniers d’amiante accumulés en haldes (montagne) sont laissés sans surveillance et s’y déversent ce qui a un « impact significatif » sur la qualité de l’eau, conclut une enquête du bureau des audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

En octobre 2018, un étrange panache de couleur rougeâtre provenant des haldes de la Société Asbestos Limited s’est déversé dans la rivière Bécancour.

Photo courtoisie, APLTI - Nadeau Photo Solutions

En octobre 2018, un étrange panache de couleur rougeâtre provenant des haldes de la Société Asbestos Limited s’est déversé dans la rivière Bécancour.

Les haldes de résidus miniers et la rivière Bécancour.

Photo courtoisie, APLTI - Nadeau Photo Solutions

Les haldes de résidus miniers et la rivière Bécancour.

On apprend notamment dans ce rapport que le ministère collige peu ou pas de données, ne fait pas d’évaluation de l’impact de ces résidus.

Cette enquête vient confirmer « l’inertie » du ministère de l’Environnement, croit l’Association de protection du lac à la Truite d’Irlande où se déverse la rivière Bécancour qui transporte des résidus d’amiante lors de grosses précipitations.

« Le ministère ne fait rien depuis un demi-siècle », affirme le président de l’Association, Réjean Vézina, au Journal.

800 millions de tonnes  

Il y a deux semaines, notre Bureau d’enquête démontrait que le ministère de l’Environnement faisait peu de suivi et manquait de connaissances pour assurer une bonne gestion des lacs du Québec.

Or, malgré la proximité de plusieurs sites d’exploitation minière, les plans d’eau de la région de Thetford Mines ne font pas l’objet d’une attention plus particulière, vient confirmer le BAPE.

Car même si l’amiante n’y est plus exploité, il reste encore plus de 800 millions de tonnes de résidus miniers amiantés qui sont entassées en haldes sans aucune mesure de « contrôle d’érosion hydrique » indique le Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour dans un mémoire déposé au BAPE.

Les conclusions du rapport ne surprennent pas M. Vézina qui a constaté le peu de soutien du provincial.

Aucune aide  

Après avoir mobilisé les citoyens, le fédéral et la municipalité d’Irlande, l’association a réussi à faire restaurer un barrage érodé qui ne retenait plus les déversements des résidus miniers. « J'ai fait des demandes au provincial, sans succès. » 

En 2010, la MRC a demandé au ministère d’inspecter les problèmes érosion dans le lac à la Truite. Si le ministère a constaté l’ensablement, il a conclu que la source ne pouvait être identifiée et en l’absence d’infraction, a fermé le dossier, selon un autre mémoire.

M. Vézina est donc confronté à un ministère qui documente peu l’état des lacs du secteur et agit peu. Et lorsqu’il tente de poser des gestes, le ministère exige de la documentation scientifique, ce qui représente un coût important pour ces bénévoles qui financent des études à coup de soupers-bénéfice. 

Absence de données et de suivis  

Le rapport du BAPE publié le 7 août porte sur l’état des lieux et la gestion de l’amiante et des résidus miniers amiantés. Un chapitre entier est consacré à la qualité de l’eau.

Quelques-unes des conclusions   

  • Absence de données et de suivis par le ministère sur les effets du ruissellement des résidus miniers amiantés sur la qualité des eaux de surface et les eaux souterraines.    
  • Le gouvernement n’a colligé aucune donnée sur l’état des environnements aquatiques dans les plans d’eau où des eaux de ruissellement de résidus miniers amiantés se déversent, bien que des études expérimentales témoignent de la toxicité de l’amiante sur celles-ci.    
  • La commission recommande la création d’un programme de suivi supervisé par le ministère tout comme un programme de recherche de même qu’un plan d’intervention afin de caractériser les haldes.      

Extraits du rapport  

  • « La commission d’enquête constate que des concentrations de fibres de chrysotile comparables à celles observées dans la rivière Bécancour depuis 1981 ont entraîné des réactions physiologiques et comportementales ainsi que des pathologies et des mortalités à différents stades de vie d’espèces de poissons. »   
  • « L’eau destinée à la consom
    mation peut également être puisée dans des lacs et rivières, qui peuvent être contaminés par des fibres d’amiante provenant de l’eau de ruissellement [...] le traitement de cette eau permet d’éliminer habituellement jusqu’à 95 % des fibres. »    
  • « Une partie de la population québécoise est desservie par des puits privés. [...] Comme les sols de ces régions contiennent des horizons amiantés, l’eau de ces puits résidentiels est susceptible de contenir des quantités non négligeables de fibres d’amiante. Les risques associés à l’exposition environnementale à l’amiante par l’ingestion d’eau potable contaminée demeurent hypothétiques. Les données sont en effet inconsistantes, voire contradictoires. »