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Normes sur l’amiante dix fois moins sévères au Québec

Anne Caroline Desplanques

Il y a des avantages économiques, sociaux et environnementaux à tirer du magnésium de ces montagnes de résidus miniers situées à Thetford Mines, qui seraient ainsi décontaminées, mais cela doit se faire « sans aucun compromis pour la santé », dit le BAPE. Ces buttes comprennent jusqu’à 40 % de fibres d’amiantes (en médaillon).

Photos d'archives et courtoisie

Il y a des avantages économiques, sociaux et environnementaux à tirer du magnésium de ces montagnes de résidus miniers situées à Thetford Mines, qui seraient ainsi décontaminées, mais cela doit se faire « sans aucun compromis pour la santé », dit le BAPE. Ces buttes comprennent jusqu’à 40 % de fibres d’amiantes (en médaillon).

Le gouvernement Trudeau appuie à coup de millions de dollars l’exploitation des résidus contaminés des mines d’amiante du Québec alors que la province ne respecte pas la norme fédérale d’exposition des travailleurs à ce produit hautement cancérigène.

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Les travailleurs québécois peuvent en effet être exposés à une fibre d’amiante par centimètre cube d’air alors que la norme fédérale dicte une exposition maximale 10 fois moindre, soit de 0,1 f/cm3.

« Au Québec, les valeurs limites d’exposition des travailleurs à l’amiante sont très élevées comparativement à celles du Canada, des États-Unis et de plusieurs pays européens », indique le Bureau d’audience publique sur l’environnement (BAPE) dans un rapport rendu public il y a une semaine.

Pour protéger la santé publique, le BAPE appelle un resserrement de la norme québécoise dans « les plus brefs délais ».

Faisant fi de la permissivité québécoise, le fédéral a versé 12 millions $ à l’entreprise Alliance Magnésium en 2018.

L’entreprise de Danville, près d’Asbestos, veut extraire du magnésium des résidus des mines d’amiante.

« Notre appui à Alliance Magnésium contribue [...] à la création d’emplois de qualité issus de l’économie du savoir », a déclaré la ministre fédérale de l’Agriculture et députée locale, Marie-Claude Bibeau, quelques jours avant le dépôt du rapport du BAPE.

800 millions de tonnes 

Il existe au Québec plus de 800 millions de tonnes de ces résidus. Ils peuvent contenir jusqu’à 40 % de fibres d’amiante qui risquent d’être remises en circulation dans l’air si toutes les précautions ne sont pas prises lors de l’exploitation de ces résidus.

Interrogée par Le Journal, Mme Bibeau a assuré que l’approche fédérale est « basée sur la science et dans l’intérêt de la santé publique ».

« On entend ce message du respect de la science tous les jours, mais la réalité dans le dossier de l’amiante c’est que jusqu’à présent ce n’est pas le cas », souligne Kathleen Ruff, coordonnatrice de l’Alliance de la Convention de Rotterdam qui vise à réguler le commerce international de produits toxiques.

Santé publique inquiète 

Depuis 2018, le gouvernement Trudeau a en main une lettre signée de 17 directeurs de santé publique du Québec qui expriment leurs inquiétudes à l’égard de la permissivité des normes québécoises.

« Les subventions que le fédéral donne devraient être conditionnelles au respect de la santé des travailleurs », estime le Dr Yv Bonnier Viger, directeur régional de santé publique de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.

« Il me semble qu’on met la charrue avant les bœufs si on subventionne quoi que ce soit avant d’avoir une analyse de risque professionnel et environnemental indépendante », ajoute l’épidémiologiste Norman King, conseiller scientifique de l’Association des victimes de l’amiante du Québec. 

L’amiante qui tue   

  • 80 % des décès par maladie professionnelle au Québec sont causés par l’exposition à l’amiante   
  • Au Québec, 1,45 fois plus d’hommes et 2 fois plus de femmes que dans le reste du Canada ont reçu un diagnostic de mésothéliome de la plèvre (cancer des poumons) entre 1984 et 2007.   
  • Les taux de mésothéliome du péritoine (cancer de la cavité abdominale) étaient, quant à eux, 1,36 fois plus élevés au Québec qu’au Canada pour les deux sexes.      

Sources : INSPQ, CNESST

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