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Une amitié de quatre décennies pour Denis Bernard et Michel Dumont

Sandra Godin | Journal de Québec

Photos d'archives

«Ça fait 40 ans cette année que je fais ce métier-là, et ça fait 40 ans que Michel Dumont est dans ma vie», laisse tomber avec émotion Denis Bernard à l’autre bout du fil, au lendemain du décès de son complice Michel Dumont. 

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Les témoignages à l’endroit du regretté comédien, qui a été directeur artistique du Théâtre Jean-Duceppe durant 27 ans, continuait d’affluer, vendredi. Michel Dumont a été emporté jeudi par un cancer, à l’âge de 79 ans.  

Denis Bernard a connu Michel Dumont il y a quatre décennies, alors que ce dernier était venu le voir jouer un de ses premiers rôles importants au Théâtre du Trident, à Québec. «C’est quelqu’un avec qui j’avais énormément d’atomes crochus, a-t-il confié. On était très sensible et reconnaissant l’un envers l’autre».  

Quelques années plus tard, Michel Dumont a écrit le téléroman Robert et compagnie, diffusé à la fin des années 1980 à Radio-Canada, dans lequel Denis Bernard tenait le rôle principal. Ils se sont ensuite côtoyés chez Duceppe et ont joué ensemble dans quelques pièces, dont La mort d’un commis voyageur et L’habilleur, «deux grands souvenirs de théâtre pour moi», a souligné Denis Bernard. À l’écran, ils se sont également donné la réplique dans Marylin et Yamaska.

«C’était une bête de scène, s’est souvenu le comédien. Du haut de ses 6 pieds 4, il était lourd, il était costaud. C’était quelque chose de jouer avec lui. J’ai des souvenirs inouïs de l’énergie qu’on pouvait se partager sur scène».  

«Michel n’avait pas d’enfants et sa véritable famille a d’abord été chez Duceppe. C’était sa maison. Il a travaillé là pendant 27 ans, ce n’est pas rien. La salle de répétitions, avec les acteurs et les actrices... on était ses frères, ses sœurs, ses enfants», a-t-il ajouté.  

Comme plusieurs de ses collègues, Denis Bernard retient de Michel Dumont sa grande proximité avec le public et son amour pour le théâtre québécois, qu’il s’est fait un devoir de mettre à l’avant-plan dans ses programmations chez Duceppe.

«Il travaillait à ce que notre identité nationale soit présente à travers les œuvres qu’on fait et qu’on ne travaille pas comme des colonisés. Ça, c’est le grand legs que Dumont laisse.»  

Un héritage aux plus jeunes

Michel Dumont laisse un héritage important également à une jeune génération d’acteurs qu’il a côtoyé au fil de sa carrière. Benoît McGinnis en fait partie. 

Pour McGinnis, la rencontre avec Michel Dumont, avec qui il a travaillé pour la première fois en 2004, a été marquante. «En tant que jeune acteur, Michel était une figure masculine rassurante, réconfortante, sur laquelle je pouvais compter», a-t-il raconté.

Benoît McGinnis a joué le fils de Michel Dumont à deux reprises sur les planches, dans les pièces Excuse-moi, de Serge Boucher, et Ils étaient une fois mes fils. «Au premier contact, on a tout de suite su qu’on s’aimait. Alors sur scène, ça n’a pas été compliqué», a-t-il soutenu.  

«À un moment donné, on avait une scène père-fils où il devait me dire avec émotions qu’il m’aimait. Dès la répétition, c’était bon. Alors moi, je n’avais pas le choix d’y redonner et d’être à la hauteur. Mais il me rassurait et il était capable de me dire qu’on travaillait bien», a-t-il dit, soulignant au passage sa grande sensibilité «malgré sa corpulence qui pouvait nous faire croire qu’il sérieux et autoritaire.» 

Que lègue-t-il à une plus jeune génération? «Son ouverture et son amour du public. Si vous saviez à quel point les abonnés du théâtre adorent Michel. J’ai rarement vu ça dans un théâtre, un directeur artistique autant aimé. Les gens s’abonnent pour lui. Il répétait sans cesse qu’il jouait pour ceux qu’il appelait «son monde». Le respect du public, c’est ça que je retiens de lui.» 

Ce qu’ils ont dit sur les réseaux sociaux 

«Je garde un souvenir de plaisirs partagés, de complicité et de rigueur, de chaleur humaine et de tendresse du cœur. Et que dire de ce sourire si sincère. Merci pour les moments partagés sur le plateau de la série Urgence en 1996. Tu es dans mon cœur pour toujours.» 

– Marina Orisini

«Statuesque dans tous les aspects de sa passion théâtrale Michel Dumont était aussi un gentleman d’une grande générosité. Chacune de nos rencontres relevait du pur plaisir.» 

– Winston McQuade

«Pour plusieurs jeunes, c’est Michel Dumont qui a ouvert les portes du théâtre, en les rendant accessibles. Ç’a été mon cas. J’adorais quand mon père m’amenait chez Duceppe, où j’ai découvert autant de créateurs québécois que de classiques des É-U et d’ailleurs.» 

– Annie-Soleil Proteau