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Des «anges gardiens» soulagés de pouvoir envisager une vie ici

Anne-Sophie Poiré | Le Journal de Montréal

Coronavirus - Covid-19

Photo d'archives, Martin Chevalier

L’angoisse d’être expulsée du Québec vient de tomber pour une famille de demandeurs d’asile prêtant main-forte aux aînés dans la lutte à la COVID-19, alors que le gouvernement Legault a annoncé la régularisation du statut des «anges gardiens».

«Ce n’était qu’un bout de papier qui nous bloquait toute la vie», lance Abderahmane Sebbache, arrivé au pays par le rang Roxham, en Montérégie, en décembre 2018. 

L’homme de 31 ans et sa femme, Yasmina Dakar, alors enceinte de cinq mois, avaient traversé la frontière canado-américaine à pied, avec leur fils de 4 ans qui dormait dans les bras de son père. Ils n’avaient qu’un simple sac à dos sur les épaules. 

Près de deux ans plus tard, la famille pourra obtenir la résidence permanente grâce au travail de préposée aux bénéficiaires (PAB) de Mme Dakar. 

La jeune mère de 31 ans, qui a suivi une formation de PAB à son arrivée au Québec, travaille à temps plein depuis la mi-avril à l’Ancien Pensionnat Côte-Saint-Paul, dans le sud-ouest de Montréal, une ressource intermédiaire publique pour aînés.

La ministre de l’Immigration du Québec, Nadine Girault, a confirmé vendredi que le Programme spécial des demandeurs d’asile en période de COVID-19 (PSDAPC) permettra à ceux qui ont donné des soins directs, pendant au moins 120 heures, entre le 13 mars et le 14 août 2020, de s’établir de façon permanente dans la province.

«On s’est appuyé beaucoup sur ces demandeurs d’asile [...]. Ils sont allés aider, ils ont pris soin de nos gens vulnérables et de nos aînés», a-t-elle témoigné.

Cette résolution a été rendue possible par l’annonce d’Ottawa, vendredi matin, selon laquelle le Canada régularisera le statut de ces demandeurs d’asile.

Commencer à vivre

«Tous nos projets reposaient sur l’accès à la garderie», confie le père de Djad, 6 ans, et Noah, 16 mois, qui vient d’apprendre cette semaine que sa conjointe est enceinte de 2 mois. 

«À partir d’aujourd’hui, on peut entamer nos projets et commencer à vivre correctement. On va s’installer en Abitibi, à Val-d’Or, c’est ce qu’on voulait depuis le début», poursuit celui qui travaille comme agent de sécurité pour le groupe médical Westmount Square.

Incohérence

Même s’il figure sur la liste des travailleurs essentiels établie par Québec, le poste d’agent de sécurité n’est pas visé par le Programme spécial.

Le président du mouvement Debout pour la dignité, Wilner Cayo, se réjouit de cette nouvelle, mais déplore cette incohérence.

«La petite joie [de l’annonce] est noyée dans une mer de frustrations, dit-il. Beaucoup de travailleurs essentiels sont laissés pour compte. Les gens qui s’occupent du nettoyage dans les CHSLD ou les gardiens de sécurité ne prennent-ils pas aussi des risques?»

– Avec Vincent Larin, Agence QMI