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La tomate rose ne sera plus la même d’ici quatre ans

Gabrielle Morin-Lefebvre | 24 h

GEN-FRUITS-LEGUMES

PHOTO COURTOISIE

Les tomates roses, tant aimées par les Québécois, ne goûteront plus la même chose dans quelques années: la variété actuellement vendue dans les épiceries ne sera plus produite.

La tomate rose Makari, une variété hybride consommée presque exclusivement au Québec, disparaîtra des tablettes d’ici quatre ans en raison de sa faible popularité à l’échelle mondiale, confirment ses principaux producteurs et distributeurs.

La compagnie De Ruiter, qui appartient à la multinationale Bayer-Monsanto, est la seule à produire des semences de Makari. Or, elle a cessé sa fabrication de graines en début d’année.Dominique Fortier, propriétaire d’Excel-Serres à Saint-Damase, estime qui lui reste assez de semences pour continuer la production pendant deux ou trois ans.«C’est des semences hybrides, donc [après], c’est fini. 

Il y a d’autres variétés de tomates roses parce que les Japonais en consomment, mais ce n’est pas la même variété que ce qu’on a ici», avance celle qui produisait des milliers de kilos de Makari chaque année depuis des décennies. 

Juste au QuébecCette tomate, connue pour être plus sucrée et moins acide que d’autres variétés, n’est populaire et achetée qu’au Québec, où on l'aime particulièrement pour faire des sandwichs.

D’après Norseco, l’un des principaux distributeurs de ces semences au Québec, elle se conserve moins longtemps sur les tablettes, ce qui rend sa mise en marché difficile.«Il y a un marché en Asie et en Europe de l’Est qui est 40 fois plus gros que celui du Québec et ils n’utilisent pas cette variété-là», souligne le directeur des ventes de Norseco, Martin Deslauriers.

À cela s’ajoute une popularité déclinant de génération en génération au Québec, ce qui fait en sorte que l’offre surpasse maintenant la demande, rendant la commercialisation du produit peu intéressante à l’échelle de la planète.

«Pour De Ruiter, [qu'on achète] 10 000 semences par année, ce n’est rien. C’est de maintenir des inventaires pour une très petite commande», explique Mme Fortier d’Excel-Serres.

Selon M. Deslauriers, les producteurs de tomates se doutaient que la Makari allait disparaître un jour, bien qu’ils demeurent « surpris et très déçus ».

«En 2014 on savait déjà que Bayer-Monsanto n’était plus intéressé, et en 2017, certains producteurs ont essayé de négocier des contrats de production, mais ça n’a jamais abouti», explique-t-il.

La compagnie Bayer-Monsanto espère de son côté que les producteurs québécois se tourneront vers les autres variétés de tomates roses qu'elle produit.

Alternatives

Car s’il faut vraisemblablement tirer un trait sur les tomates Makari, ce n’est pas pour autant la fin des tomates roses. Excel-Serres compte effectuer des tests de goût avec d’autres variétés que l’on ne cultive et ne vend pas actuellement au Québec.

«Il ne faut pas baisser les bras, il y a d’autres variétés de tomates roses, mais on ne les a pas testées encore», clame Mme Fortier, optimiste.

Sophie Perreault, présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la distribution de fruits et légumes (AQDFL), déplore la disparition de la tomate Makari qu’elle qualifie de «perte pour la diversité alimentaire», mais ne doute pas de la grande variété de tomates disponibles en épicerie.

«Il faut investir en recherche, dit-elle. C’est comme ça qu’on développe des alternatives et notre portfolio de variétés.»