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Meilleurs chiffres à vie pour des microbrasseries

Béatrice Roy-Brunet | Agence QMI

PHOTO COURTOISIE / La Voie Maltée

Le constat est partagé de Sept-Îles à Percé: les vacanciers québécois pressés de se déconfiner se sont rués dans les microbrasseries cet été au point où certains établissements peinent à offrir tous leurs produits.

«Le terme exact serait une invasion en règle [de visiteurs]. C’est complètement débile. On a eu les meilleurs chiffres à vie depuis le début en juin et en juillet», lance avec un sourire dans la voix Jean-François Nellis, du Pit Caribou, à Percé.

À Sept-Îles, La Compagnie n’a pas désempli non plus depuis sa réouverture. «En plus avec la température qui a été ultra favorable à accueillir des gens sur la terrasse, on a eu des achalandages de feu. C’était constamment plein avec une clientèle de la ville, mais [aussi] énormément plus de touristes que l’été dernier», soutient la copropriétaire Marie-Pier Johnson.

«On n’a plus de bières»

Certaines microbrasseries ont vu leur inventaire fondre comme neige au soleil au fil des semaines estivales. «Juin a commencé en fou. Nous, on produit le plus qu’on peut sans arrêt, mais on est toujours en manque de produits. On ne suffit pas à la demande présentement», raconte André Morin, de la microbrasserie St-Pancrace, à Baie-Comeau.

«D’habitude on réussit toujours à maintenir cinq ou six sortes de bières différentes sur le marché. Cette année, on est à deux ou trois sortes de bières en rotation», poursuit-il en précisant que la production avait été ralentie durant le confinement pour ne pas perdre de produits.

Même son de cloche du côté de Val-d’Or, à la microbrasserie Le Prospecteur. «On n’a plus de bières, j’ai jamais vu ça. Là, on se bat pour au moins fournir le pub et la boutique et là je ne sais pas ce qu’on va faire», lance le maître-brasseur Jonathan Deschamps.

Seulement la semaine dernière, les ventes à la boutique du Prospecteur s'élevaient à 700 litres de bière, un volume beaucoup plus élevé qu’à l’habitude. «On fait environ 350 litres après les vacances de la construction», compare-t-il.

Roulottes, winnebagos et kayaks

À certains endroits, il suffit de jeter un coup d’oeil dans le stationnement pour savoir que les Québécois profitent de leurs vacances pour partir à l’aventure dans les régions. «On regardait dans notre stationnement et c’était rempli de vans avec des kayaks, des vélos et des canots», raconte en riant la copropriétaire de la microbrasserie La Compagnie.

Des régions, comme la Gaspésie, ont d’ailleurs grandement profité des vacances dans la province. «J’ai eu la plus belle nouvelle quand on a annoncé que les provinces atlantiques fermaient. Tout le monde est venu ici. Ç’a été une plus-value pour nous autres», concède M. Nellis, de Pit Caribou.

L’engouement s’est d’ailleurs rendu jusqu’à l’Abitibi. «On n’a jamais vu ça. Tu vois que le monde ont pris leurs vacances au Québec. Le côté de consommer local, les gens ont quand même embarqué là-dedans», croit également M. Deschamps.

La découverte des régions via ses microbrasseries n’est pas un phénomène nouveau. Diverses Routes des bières proposent des trajets regroupant plusieurs établissements d’une même région.

«Chaque année, il y a une certaine clientèle qui revient parce qu’elle fait la Route des bières de l’Est du Québec», raconte Camille Ouellon, qui s’occupe des communications à la microbrasserie Le Naufrageur, à Carleton-sur-Mer. Ce type de clientèle est encore plus présent cette année, selon ses observations. «Il y avait beaucoup de monde de Montréal qui adorent les bières de microbrasserie et [...] cette année ils se sont donné l’occasion de le faire», dit-elle.

Moins de tables, moins d’argent

Si plusieurs microbrasseries du Québec ont connu une période estivale particulièrement profitable, certains établissements ont tout de même ressenti les impacts négatifs des règles de distanciation sociale.

Comme les microbrasseries ne peuvent accueillir que 50 % de leur capacité habituelle, des établissements pourtant bien occupés ont constaté une baisse de leurs revenus.

«C’est certain que si on compare à l’année passée, c’est un petit peu moins parce que l’année passée on n’avait pas la COVID», affirme Michel Lacroix, de la microbrasserie Ô quai des brasseurs, à Bécancour.

«C’est sûr que si on avait eu le même nombre de tables que l’année dernière, on aurait battu l’année passée. Avec la COVID, on est limités. On parle d’une diminution de peut-être 18 à 22%», explique M. Lacroix, tout en se disant quand même très satisfait de l'achalandage.

Ce constat est partagé par Steve Castonguay de la Boîte à Malt, à Lévis. Les clients, majoritairement des environs, sont pourtant au rendez-vous. «On a quand même un petit peu une baisse de revenus par rapport aux nombres de tables qu’on peut mettre pour la distanciation sociale, note-t-il. C’est quand même très bien.»

À la Voie Maltée, qui a plusieurs établissements à travers la province, le nombre de tables a aussi eu un impact. «Normalement on a plus de clients, évidemment. Ce n’est pas les ventes qu’on faisait les années précédentes, si on compare aux mêmes dates», relate Véronique Guérin, qui s’occupe des communications pour l’entreprise.