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Même avec la PCU, un jeune face à des problèmes financiers

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

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Diplômé d’une école d’hôtellerie il y a quatre ans, Mathis, 26 ans, occupait un emploi dans la restauration jusqu’à ce que la COVID-19 frappe. Comme bien d’autres Québécois, il a perdu son travail dès la mi-mars. Relativement optimiste au début de la pandémie, il est désormais très inquiet pour son avenir.

Jusqu’à récemment, tout semblait bien se dérouler pour Mathis. Avec un salaire de 46 000 $ par an, un loyer de 900 $ par mois et un remboursement mensuel de son prêt étudiant de 260 $, il avait la marge de manœuvre nécessaire pour mener un train de vie agréable, mais sans excès. Avec le temps et durant ses études, il a toutefois accumulé 8500 $ sur une carte de crédit et 2500 $ sur une marge de crédit.

Lorsqu’il a perdu son emploi, Mathis a pu toucher la PCU. En attendant de retrouver du travail, il a alors décidé de partir en road trip dans l’Ouest canadien. Mais une fois arrivé au Manitoba, sa voiture est tombée en panne. Manque de chance : c’est aussi le moment qu’a choisi son ancien employeur pour le recontacter. 

Les réparations ayant nécessité une semaine, le jeune homme a malheureusement manqué sa chance de reprendre son ancien poste. À son retour au Québec, force est de constater que sa situation financière n’est guère reluisante. Endetté et craignant de ne pas pouvoir dénicher un travail à court terme alors que ses versements de PCU cesseront fin août, Mathis est allé demander conseil auprès de la firme Jean Fortin et Associés.

Une situation qui inquiète Mathis

Comme bien des gens, le bilan financier de Mathis s’est détérioré pendant la pandémie. Certes, il a réussi à obtenir certains assouplissements et délais. Par exemple, les paiements de sa carte de crédit ont été reportés de trois mois et les taux d’intérêt abaissés pour cette période. Cependant, 1400 $ de frais de réparation de sa voiture plus 250 $ en intérêts se sont ajoutés au solde. Le jeune homme bénéficie également d’un sursis jusqu’en octobre pour le paiement de son prêt étudiant. 

Toutefois, sans même considérer le remboursement d’impôt à venir pour la PCU (évalué à 30 % d’un salaire brut de 46 000 $ par an, soit 3600 $), les paiements mensuels de ses dettes (890 $) représentent 20 % de sa rémunération nette, comparativement à 10 à 15 % habituellement recommandés. 

« Son ratio d’endettement est de 50 %, soit bien au-dessus des 40 % habituellement tolérés par les institutions financières pour accorder un prêt de consolidation de dettes. Cette option n’est donc pas envisageable dans son cas », précise Pierre Fortin, syndic autorisé en insolvabilité et président de Jean Fortin et Associés. 

La faillite constitue-t-elle une option ? « Compte tenu du montant relativement peu élevé des dettes, de l’âge et du salaire que Mathis pourrait toucher à son retour sur le marché du travail, elle ne constitue pas la meilleure solution. En revanche, la proposition de consommateur avec une offre raisonnable pour les créanciers et un montant viable pour Mathis serait plus appropriée », constate Pierre Fortin.

Dettes incluses

Quelles dettes est-il possible d’inclure dans la proposition ? Celles relatives à sa carte et sa marge de crédit (12 650 $), ainsi que l’impôt dû au fédéral sur la PCU (1800 $). Compte tenu des règles fiscales, pour pouvoir inclure la portion provinciale, il devrait déposer sa proposition de consommateur le 1er janvier 2021. 

Pour ce qui est du prêt-auto, il s’agit d’une dette garantie qui ne peut être intégrée dans la proposition et le jeune homme devra continuer ses paiements s’il désire conserver sa voiture. Concernant le prêt étudiant, puisque cela fait moins de sept ans qu’il a terminé ses études, il ne peut donc être inclus dans la proposition. 

Au total, ce sont des dettes de 14 450 $ que peut englober la proposition. Le syndic a fait une offre de 9000 $ payables sur 60 mois aux créanciers, laquelle a été acceptée. « Cela représente des paiements mensuels de 150 $ qui démarreront en décembre, ce qui lui laisse le temps de trouver un autre emploi et de stabiliser sa situation », mentionne Pierre Fortin. 

Sa situation financière  

SALAIRE   

2900 $ sur un salaire net estimé à 46 000 $ par an    

SOLDE DES DETTES  

Prêt étudiant : 16 000 $  

Carte de crédit : 10 150 $  

Marge de crédit : 2500 $  

Impôt sur PCU : 3600 $  

Prêt-auto : 10 000 $  

TOTAL : 42 250 $   

 PAIEMENTS MENSUELS DES DETTES  

Prêt étudiant : 260 $   

Paiement sur carte de crédit : 255 $  

Paiement sur marge de crédit : 75 $  

Paiement à venir sur impôts
(sur 1 an) : 310 $  

Paiement pour prêt-auto : 300 $  

TOTAL : 1200 $