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Des juges haussent le ton face à la violence conjugale

Michael Nguyen | Le Journal de Montréal

Les juges sont de plus en plus cinglants envers les batteurs de femmes, rappelant que les tribunaux ont un rôle à jouer dans la protection des victimes de violence conjugale.

« Il est primordial de protéger le droit des femmes de mettre fin à une relation sans craindre des représailles », a récemment affirmé le juge Dennis Galiatsatos en refusant de libérer sous caution El Mehdi Rhazzourri, un Lavallois de 20 ans accusé d’avoir contrôlé, battu et harcelé sa copine qui venait de le quitter.

Quelques jours plus tard, un autre magistrat dénonçait dans un jugement le fait que certains hommes croient encore que la femme est leur propriété.

Un autre juge expliquait en détail pourquoi il n’est pas surprenant qu’une victime tarde à dénoncer, pour ensuite déclarer l’accusé coupable.

Le principe que les crimes commis dans un contexte de violence conjugale doivent être plus sévèrement punis date de 1995, mais les juges se font de plus en plus vocaux dans leurs décisions depuis peu, ont constaté plusieurs criminalistes, dont Me Michael Morena.

« La violence systémique envers les femmes est de plus en plus soulignée et sanctionnée, dit-il. Ça lance un message à la population concernant ce problème sociétal. »

L’impact des juges  

Et les paroles des juges ont un impact important auprès des victimes, a affirmé l’une d’elles, qui s’est sentie écoutée par le magistrat lors de son témoignage. En ajoutant le suivi par les procureurs de la Couronne, son stress du processus judiciaire est devenu moins ardu.

Pour Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, il est « réjouissant » que des juges dénoncent dans des mots durs la violence conjugale.

« C’est dans l’air du temps, c’est encourageant, dit-elle en rappelant qu’il y a encore beaucoup de travail à faire, puisque seulement 22 % des victimes de violence conjugale vont à la police. Mais il faut aussi des peines plus dissuasives. »

Place à l’amélioration  

Gaëlle Fedida, coprésidente de l’organisation Hébergement femmes Canada, affirme également que le combat pour les victimes est loin d’être terminé, mais qu’il « semblerait que ça commence à s’activer, et c’est tant mieux ».

Elle rappelle qu’un plan d’action gouvernemental en matière de violence conjugale existe depuis 2018, mais qu’il reste encore du travail à faire pour enrayer ce fléau. Ce plan vise entre autres à améliorer le traitement judiciaire de ces dossiers, ainsi qu’à renforcer les mesures de protection des victimes.

Déclarations récentes de juges     

« Le harcèlement, les menaces et l’acharnement dans le contexte d’une rupture de relation conjugale sont pris au sérieux par les tribunaux. »

– Dennis Galiatsatos

« L’époque où la femme est la propriété de l’homme est révolue, mais ça continue malheureusement de sévir. »

– Jean-François Buffoni

« Il est bien connu que la violence psychologique, inhérente à la violence conjugale, conduit à la dévalorisation, l’humiliation et l’isolement, affectant l’estime de soi, forçant le repli et même la remise en question de la responsabilité de l’agresseur. »

– Denis Lavergne

« Trop de femmes sont assassinées par un conjoint jaloux incapable d’accepter la rupture »

– Hélène Di Salvo