/news/coronavirus

Prof à la maison, élèves en classe

La «remplaçante» Aude Mathieu avec une dizaine d’élèves séparés de leur «bulle-classe» pour suivre un cours à option.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

La «remplaçante» Aude Mathieu avec une dizaine d’élèves séparés de leur «bulle-classe» pour suivre un cours à option.

Une école secondaire de Montréal a trouvé un moyen original de contourner certains problèmes de la COVID-19 en permettant à des enseignants de donner leurs cours à distance sur un écran à leurs élèves bien assis dans leur salle de classe.

Katarina Richard a donné son premier cours d’anglais de l’année à distance.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Katarina Richard a donné son premier cours d’anglais de l’année à distance.

«Je suis super contente d’être votre prof, même si je suis dans ma cuisine», pouvait-on entendre dire Katarina Richard, dont le visage était projeté sur un écran au fond de la classe.  

Les élèves de 3e secondaire à qui elle s’adressait n'étaient pas à la maison, mais bel et bien assis dans leur classe, à leur pupitre. 

Pour des raisons médicales, cette enseignante d’anglais ne peut pas prendre le risque d’être présente physiquement à l’école pour la durée de sa grossesse.

Sans cette solution technologique, le personnel du Collège Reine-Marie aurait été obligé de trouver un suppléant dans un contexte où toutes les écoles se les arrachent.

C’était jour de rentrée hier. Marquage au sol, bouteilles de désinfectant, horaire modifié: tout était prêt.

«On garde 1 mètre de distance», est probablement l'une des phrases qu’ont le plus répétées les directrices, hier, dans les aires communes du collège.

«Oups, on s’est juste trompé de côté de corridor», a gentiment souligné Annie Dubois lorsqu’elle a croisé un garçon marchant dans le sens contraire des flèches, le sac à dos ouvert. Visiblement, il s'agissait d'un jeune de 1re secondaire encore un peu déboussolé.  

Michel Twigg, directeur des services éducatifs

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Michel Twigg, directeur des services éducatifs

Mais le vrai défi, il n’est pas encore arrivé, explique Michel Twigg, directeur des services éducatifs. «L’enjeu, ça va être dans deux ou trois mois, quand les cas de grippe et de rhume vont se multiplier.»

«S’il y a ne serait-ce que cinq enseignants absents en même temps, ça peut devenir précaire et tout fragiliser», dit-il.

Les «lucioles», identifiables par leur chandail mauve, chargées d’aider les plus jeunes.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Les «lucioles», identifiables par leur chandail mauve, chargées d’aider les plus jeunes.

S’inspirer des CHSLD 

«On a regardé ce qui s’est fait dans les CHSLD pour ne pas se faire prendre.»

Le collège a donc pondu un plan de match visant à prévenir l’absentéisme. Les professeurs confinés mais en forme pourront continuer d’enseigner de chez eux, même si les élèves sont à l’école.

Or, cette solution requiert qu’un adulte soit présent dans le local, s’assure que tout le monde respecte les mesures sanitaires et gère la classe. Le collège a donc embauché sept «remplaçants» qui joueront ce rôle.  

Ils n’ont pas besoin d’avoir étudié en éducation, mais doivent avoir la capacité de créer des liens avec les jeunes. Ils ont tous reçu une formation maison du collège mercredi.

Et s’ils viennent à manquer, secrétaires, techniciens de laboratoire et tout le personnel non enseignant ont aussi reçu la formation et pourront agir comme «remplaçants» au besoin, tout en recevant une hausse de salaire de 7$ de l’heure pour ce service.  

Bulles-classes 

Cette solution permet du même coup de régler un autre problème: l’obligation de cloisonner les élèves dans une même «bulle-classe», ce qui vient complexifier les possibilités de cours à option pour les 4e et 5e secondaires.  

«Ça nous met dans la ''chnoutte'', puisqu’on préconise beaucoup les choix», avoue Marc Tremblay, directeur général. Mais grâce à la technologie, le collège peut garder 100% de ses élèves entre ses murs. 

Hier matin, une dizaine de finissants de la concentration Arts-Sports-Études étaient regroupés dans une salle pour suivre un cours «à distance», c’est-à-dire donné par un enseignant depuis un autre local.

Ils appartiennent tous à la même classe, mais certains suivaient un cours de géographie, et les autres, de physique.

«C’est assez capoté», s’exclame M. Tremblay, qui ne tarit pas d’éloges pour la créativité et l’audace de l’ensemble de l'équipe du collège.   

«Quand tu regardes la forêt, ça a super bien été. Maintenant, il reste plusieurs petits arbres à ajuster», a conclu M. Twigg en fin de journée.

Par exemple, la gestion des «pauses pipi» reste à être améliorée pour éviter les longues files, avoue-t-il en riant.