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COVID-19 et régions: la maison de vos rêves grâce à la pandémie?

Pierre-Paul Biron

Vente maison Charlevoix

Photo courtoisie, les immeubles charlevoix

Du «jamais-vu» depuis 40 ans. Voilà comment est qualifié le marché immobilier dans Charlevoix, où, comme dans plusieurs régions qui étaient pourtant en décroissance, l’appétit grimpe pour les maisons en vente avec l’explosion du télétravail. 

La présidente de l’agence immobilière Les Immeubles Charlevoix, Louise Bédard, constate sur le terrain un réel intérêt pour la région, qu’on qualifie depuis quelques années de «dévitalisée».

«Je suis dans le marché immobilier de Charlevoix depuis 40 ans et pour être honnête, je n’ai jamais vu quelque chose comme ça», laisse-t-elle tomber.

«Actuellement, notre clientèle, ce n’est pas compliqué, c’est 450-514», lance-t-elle, citant les indicatifs régionaux du grand Montréal. «Les gens veulent quitter la ville, ils veulent s’éloigner du stress qu’a causé la crise, ils veulent une qualité de vie.»

Ce retour aux régions est rendu possible principalement à cause du télétravail. 

Il n’y a désormais plus grand-chose qui empêche un résident de Charlevoix d’occuper un emploi à Québec, ou un résident de l’Estrie de travailler à distance pour une boîte de Montréal.

Réaliser que c’est possible

«C’est possible de le faire et beaucoup l’ont réalisé dans les derniers mois. C’est le grand avantage du télétravail», souligne Tania Saba, professeure à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal.

Pour le maire de La Malbaie, les derniers mois seront déterminants dans ce revirement de situation.

«Tout le monde a vu ce qui s’est passé. Tout le monde a vu l’attrait qu’ont les régions pour les gens qui veulent se décloisonner. Les gens se sont aperçus qu’ils pouvaient travailler ailleurs que dans une tour de bureaux à Montréal, Québec ou Gatineau», insiste Michel Couturier.

Cette révélation du télétravail s’est rapidement fait sentir sur le marché immobilier. Denis Lavoie, courtier à Charlevoix, a réalisé une vente pas plus tard que la semaine dernière à un couple travaillant dans le domaine des technologies de l’information.

«Une maison de 675 000 $. Ils vont gérer l’entreprise à distance, à partir de Saint-Siméon», explique-t-il, ajoutant avoir établi ses prévisions à 72 ventes pour l’année 2020, soit le double des années antérieures.

Dans le Bas-Saint-Laurent, Bryan Michaud a dépassé en huit mois ses chiffres de l’année 2019 en entier. 

«Ça n’a jamais été aussi bon, et le délai de vente prend beaucoup moins de temps», confie le courtier.

Qualité de vie différente

Sur la Côte-Nord, l’écho est le même selon le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny. «Les agents d’immeubles me le disent, les gens sont nombreux à vouloir venir ici et ça s’est accéléré dernièrement», affirme l’élu, ajoutant que ces nouveaux citoyens feront bien souvent une bonne affaire sur le plan monétaire aussi. 

«Quelqu’un qui vend sa maison à Québec 300 000 $ et qui se rachète quelque chose au même prix à Baie-Comeau, il augmente de beaucoup le luxe et la qualité de vie qui vient avec la maison.»  

Différence de prix majeure pour des maisons en région      

Le coût des propriétés est un autre aspect qui joue en faveur des régions face aux grands centres

Coût médian d’une résidence unifamiliale  

  • Île de Montréal : 560 000 $  
  • Québec : 270 000 $  
  • Charlevoix : 138 000 $  
  • Côte-Nord : 154 900 $  
  • Bas-Saint-Laurent : 145 000 $  
  • Gaspésie/Îles-de-la-Madeleine : 130 000 $   

Source : Centris, 2e trimestre 2020

Des MRC qui tentent de renverser la décroissance      

Projection 2016-2041 de la croissance de la population  

  • Haute-Côte-Nord : - 20,7 %  
  • Matapédia : - 17,8 %  
  • Manicouagan : -16,9 %  
  • Témiscouata : -16,3 %  
  • Matanie : -15,3 %  
  • Charlevoix-Est : -13,4 %    

Source : Institut de la statistique du Québec, octobre 2019