/news/tele

«Affronter l’inconnu»: la pandémie, telle qu’on l’a vécue

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

À la fois devoir de mémoire et coup de chapeau aux travailleurs essentiels : voilà comment se définit «Affronter l’inconnu», grand reportage du Bureau d’enquête de Québecor, qui récapitule avec justesse, précision et beaucoup de sensibilité les débuts de la crise sanitaire au Québec.

À peine six mois qu’elle nous gâche la vie, et la gestion de la pandémie de COVID-19 se retrouve déjà minutieusement documentée dans «Affronter l’inconnu», nouvelle investigation de la journaliste et coréalisatrice Marie-Christine Noël et du vidéaste et coréalisateur Manu Chataigner, du Bureau d’enquête.

L’émission d’une heure, en ligne sur Club illico à compter de ce jeudi, 10 septembre, constitue un survol complet, en témoignages et en images, du Québec en confinement, de la mi-mars à la mi-juin, bilan des cas et des décès au fil des jours à l’appui.

Anges gardiens 

Mais, surtout, «Affronter l’inconnu» expose le labeur des «anges gardiens» (et pas seulement les médecins et les infirmières) qui, chacun à leur façon, ont veillé sur les Québécois lorsque l’incertitude était à son maximum. Noël et Chataigner tenaient à démontrer une reconnaissance concrète à ces gens «loin d’être ordinaires».

Marie-Christine Noël a même intégré pendant une semaine, à titre de préposée aux bénéficiaires, une résidence pour personnes âgées en perte d’autonomie touchée par la COVID, histoire d’examiner la situation de l’intérieur. En résultent des commentaires bouleversants de professionnels du domaine. Une dame est d’ailleurs décédée pendant son séjour au centre.

«C’est un devoir de mémoire pour le Québec, pour montrer comment on a vécu cette pandémie, mais aussi pour se souvenir de ces travailleurs qui ont fait la différence, dépeint Marie-Christine Noël. Sans les préposés, les couturières, les infirmières, les facteurs, on n’aurait pas pu passer à travers comme on l’a fait, et on ne serait pas rendus où on est, présentement, capables de contenir un peu plus cette pandémie. On est fiers de ces gens-là, qui sont allés au front et qui, souvent, ne gagnent pas beaucoup d’argent et ont des conditions de travail difficiles.»

«À chaud» 

L’ouverture d’«Affronter l’inconnu» compile plusieurs images fortes symbolisant les débuts de la pandémie au Québec: Pierre Bruneau annonçant un premier décès au «TVA Nouvelles», les rues de Montréal et Québec complètement vides, les panneaux routiers nous enjoignant de rester à la maison, les arc-en-ciel aux fenêtres, les tablettes des épiceries presque vides et la ruée vers le papier hygiénique, François Legault décrétant la fermeture des écoles (d’abord prévue pour deux semaines), puis des autres lieux publics, les annonces de Justin Trudeau relatives aux aéroports, etc. Des souvenirs pourtant récents, inévitablement générateurs de beaucoup d’émotions.

Puis, dans l’heure qui suit, le documentaire donne la parole à ces hommes et ces femmes oeuvrant dans divers milieux essentiels, qui ont composé avec de nouveaux défis ou se sont retrouvés inquiets de l’avenir dans les circonstances. Bref, «Affronter l’inconnu», c’est la pandémie, tel que vécue par le «vrai monde».

Chauffeur de taxi, répartitrice médicale, microbiologiste-infectiologue, facteur, couturières, éducatrice en garderie, préposées aux bénéficiaires, pharmacienne, médecin et autres spécialistes et entrepreneurs s’y expriment, nous permettant ainsi de revivre certaines initiatives importantes ayant jalonné la lutte au coronavirus, comme la transformation (en huit jours!) de la Place Bell en hôpital ou la quantité astronomique de masques fabriqués par les couturières de la Coop Couturières Pop.

Des familles ont aussi le micro, et même la petite Emma, cinq ans, fille de Manu Chataigner, raconte son séjour en confinement et son retour à la garderie.

Outre l’hommage qu’ils ont voulu rendre aux efforts collectifs et individuels, Marie-Christine Noël et Manu Chataigner s’enorgueillissent aussi d’avoir effectué un véritable travail de terrain lorsque l’effervescence battait son plein, au cœur de l’action. «À chaud», mentionnent-ils à plusieurs reprises.

«Ç’a été filmé à un moment où tout changeait, sans recul, avec un petit côté "cinéma vérité". Pour nous, ç’a été une impulsion. On a saisi un moment de l’histoire qui est unique et qui doit être rappelé. Regarder les nouvelles ou des articles, c’est une chose, mais le documentaire fait une synthèse de ce moment-pivot. On a pris le pouls des gens, dans leurs doutes, leurs craintes, leurs peurs, leurs anticipations, et on vous le montre, tel que c’était. On a capté une espèce de naïveté», explique Manu Chataigner.

Le grand reportage «Affronter l’inconnu» est maintenant disponible sur Club illico.

«Affronter l’inconnu» en chiffres 

- 3 mois de tournage

- 40 personnes

- Une trentaine de lieux de tournage, dont l’aéroport, le 13 mars, alors qu’il était encore possible d’y filmer des gens sans contraintes

- Cinq tournages annulés en raison du mauvais temps

- Une centaine de serviettes désinfectantes achetées

- Cinq mois d’archives visionnées (reportages internationaux, conférences de presse de François Legault, articles de divers médias québécois)

-Une chanson : «Mémoires II», de l’auteur-compositeur-interprète Foisy, qui accompagne la finale touchante du documentaire