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En sous-vêtements devant un juge

Jonathan Tremblay | Journal de Montréal

Stéphane Ratté, de Waswanipi, a comparu par visioconférence avec une couverture sur les épaules, vendredi, afin de couvrir son corps dénudé, cinq heures après son arrestation. Révolté, son avocat, Pierre Gauthier (<i>en mortaise</i>), nous a transmis cette photo.

Photo courtoisie et d'archives, Martin Alarie

Stéphane Ratté, de Waswanipi, a comparu par visioconférence avec une couverture sur les épaules, vendredi, afin de couvrir son corps dénudé, cinq heures après son arrestation. Révolté, son avocat, Pierre Gauthier (en mortaise), nous a transmis cette photo.

Un criminaliste déplore que son client autochtone ait été amené à comparaître à la cour alors qu’il n’était qu’en sous-vêtements.

« Je suis révolté. Quand on arrête un mafieux ou un Hells Angel, on lui laisse le temps de s’habiller, s’insurge l’avocat Pierre Gauthier. Mon client, on l’a arraché de son divan sans vêtements. On l’a traité comme une bête de cirque. Ce n’est pas un cas isolé du traitement envers les Autochtones. »

Une version des faits que nie complètement la Sûreté du Québec (SQ).

À l’aube, vendredi dernier, un Cri de 22 ans de Waswanipi, au Nord-du-Québec, a été arrêté en lien avec une histoire de voies de fait et de méfait.

Les policiers de la SQ lui ont passé les menottes alors qu’il était en caleçon, avant de le conduire au poste de Chibougamau.

Stéphane Ratté n’aurait pas été coopératif à son arrestation, selon la SQ, ce qui expliquerait l’état dans lequel il a été amené au poste. Son avocat n’en croit pas un mot.

« À 300 livres, s’il avait résisté, il aurait été accusé d’entraves », argumente Me Gauthier.

Simple couverture

Vers 11 h, le suspect a néanmoins comparu devant un juge. Par visioconférence, on pouvait l’apercevoir toujours en sous-vêtements, recouvert d’une simple couverture.

Son avocat a demandé au juge de reporter la cause à 14 h, le temps de remédier à la situation. Or, sa requête a été refusée.

« C’était très humiliant pour l’accusé. La greffière a dû demander qu’on lui couvre les épaules, raconte le criminaliste. Je n’ai jamais vu ça. »

Le lieutenant de la SQ Hugo Fournier affirme quant à lui que les agents « ont multiplié les démarches » pour que l’homme comparaisse « convenablement ». 

Ils n’auraient pas non plus eu accès à ses vêtements lors de l’arrestation.

Un chandail a aussi été proposé à celui qui porte généralement du XXXL. 

Il a cependant refusé de l’enfiler en raison de la trop petite taille du vêtement, explique Me Gauthier.

Plainte à venir

Outré par le traitement réservé à son client des Premières Nations, il entend porter plainte en déontologie contre les deux agents, ainsi qu’à la Commission des droits de la personne.

« Ils m’ont demandé si j’avais une solution. Ils trouvaient ça drôle, sachant bien que j’étais à des centaines de kilomètres, poursuit-il. Ils étaient arrogants. Ça faisait dur. »

« C’est sûr [mon client] n’est pas un ange, poursuit-il. Mais il est un être humain qui a des droits. Rien ne peut justifier comment il a été traité. »

« C’est déplorable quand quelque chose de la sorte se produit, se désole le chef de Waswanipi, Marcel Happyjack, qui dit ne pas être surpris. J’entends assez souvent des histoires comme ça. C’est un problème culturel qu’on a. J’en parle fréquemment avec la SQ. Il faut trouver des solutions. »

– Avec Valérie Gonthier


♦ Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a affirmé que « bien qu’il ne s’agisse pas d’une situation idéale, il appartient au juge d’assurer le décorum dans sa salle de cour ».