/regional/estduquebec/gaspesie

Le seul vétérinaire à 200 km à la ronde recherche désespérément du renfort

Dominique Fortier | Agence QMI

La pandémie n’a pas ralenti les demandes de consultation qui continuent d’affluer à la clinique du Dr Alain Chénard et son équipe. Depuis le départ de sa collègue en juin dernier, Alain Chénard est devenu le seul vétérinaire à couvrir les MRC de La Matanie et de la Haute-Gaspésie, un territoire s'étendant sur une distance de plus de 200 km d’est en ouest.
DOMINIQUE FORTIER/AGENCE QMI

DOMINIQUE FORTIER/AGENCE QMI

La pandémie n’a pas ralenti les demandes de consultation qui continuent d’affluer à la clinique du Dr Alain Chénard et son équipe. Depuis le départ de sa collègue en juin dernier, Alain Chénard est devenu le seul vétérinaire à couvrir les MRC de La Matanie et de la Haute-Gaspésie, un territoire s'étendant sur une distance de plus de 200 km d’est en ouest. DOMINIQUE FORTIER/AGENCE QMI

Depuis le départ de sa collègue en juin dernier, Alain Chénard est devenu le seul vétérinaire à couvrir les MRC de La Matanie et de la Haute-Gaspésie, un territoire s'étendant sur une distance de plus de 200 km.

• À lire aussi: L'Université du Québec à Rimouski formera des vétérinaires

Pratiquant la médecine vétérinaire depuis maintenant 31 ans, le Dr Alain Chénard se retrouve dans une situation précaire et unique alors qu'aucun professionnel ne se manifeste pour venir l'assister dans sa pratique.

«Je me sens surchargé et il y a plus d'ouvrage que je suis capable d'en prendre. On a de l'ouvrage pour environ trois vétérinaires et je ne peux pas en faire plus», a-t-il expliqué d'entrée de jeu.

Si le Dr Chénard s'est déjà retrouvé seul dans le passé, la situation est différente aujourd'hui puisque les nouveaux clients abondent comme jamais à la Clinique vétérinaire de Matane. Selon son équipe, les gens prennent davantage soin de leurs animaux et ont plus régulièrement recours aux services vétérinaires, ce qui n'a rien pour aider la situation du Dr Chénard, qui se voit dans l'obligation de refuser tous les nouveaux clients ainsi que les chirurgies non urgentes.

Il y a d'ailleurs une liste d'attente qui s'étend sur une année pour des opérations de routine puisque la clinique privilégie les urgences. Pour ajouter à la problématique, les autres cliniques du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie, dont la plus proche est à 100 km de Matane, sont aussi surchargées que celle du Dr Chénard.

Résultat: un client peut devoir parcourir 400 km de route pour trouver un endroit pour faire vacciner son chat ou son chien.

Le cas d'Alain Chénard est particulier puisqu'il opère deux cliniques, soit une à Matane où il réalise la majeure partie de son travail, et une autre à Sainte-Anne-des-Monts, à 100 km de route où il se rend une fois par semaine.

Par affection pour sa clientèle, il se sent incapable de laisser tomber son bureau satellite.

«On essaie de perdurer le plus longtemps possible, mais ce n'est pas viable à long terme. On se fatigue rapidement», a expliqué celui qui doit, en plus de ses heures normales de bureau, être disponible les soirs et les week-ends pour les urgences.

Le vétérinaire d'expérience ne cache pas que toute cette pression l'affecte psychologiquement.

«C'est très difficile de devoir refuser des clients. On n'aime pas ça dire non aux gens, mais rendu là, c'est une question de santé et de survie. Je peux vous dire qu'on ne pense plus beaucoup à soi. J'entre très tôt le matin pour réaliser les tâches administratives et je ramène souvent des dossiers chez moi le soir afin de prendre un peu le dessus.»

Le problème majeur est qu'il y a davantage de vétérinaires qui quittent la pratique que de nouveaux diplômés. Et chacun d'eux a amplement le choix d'aller travailler où il le désire.

«Il y a des offres d'emploi partout dans la province, autant à Québec, à Montréal qu'en région. On doit alors essayer d'être aussi attractif que les grandes villes, mais ce n'est pas tout le monde qui a envie de venir s'installer à Matane même si l'ouvrage ne manque pas», a déploré le Dr Chénard.

Il y a toutefois une petite lueur au bout du tunnel puisque le gouvernement du Québec a récemment annoncé une enveloppe de 630 000 $ pour réaliser une étude de faisabilité visant à offrir le cours de médecine vétérinaire à Rimouski, qui diplômerait 25 professionnels supplémentaires. En moyenne, 80 nouveaux vétérinaires rejoignent la profession chaque année.

«Étant formés en région, on aurait plus de chance de retenir ces jeunes diplômés à la fin de leur cours», a dit le recteur de l'Université du Québec à Rimouski, Jean-Pierre Ouellet.

«Actuellement, la faculté de médecine vétérinaire accueille 96 nouveaux élèves chaque année sur environ 1000 demandes d'inscription, a-t-il ajouté. Il y a donc clairement de la place pour une cohorte supplémentaire, spécialement en région.»