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Un entrepreneur raconte son enfer à Terrebonne

Un conseiller l’aurait forcé à verser des milliers de dollars à un coaccusé du maire

Jean-François Cloutier | Journal de Montréal

L’avocat criminaliste Daniel Roch et l’entrepreneur Normand Trudel à l’extérieur de la salle d’audience du palais de justice de Saint-Jérôme, mardi dernier, où se déroule le procès des coaccusés de Terrebonne.

Photo Martin Alarie

L’avocat criminaliste Daniel Roch et l’entrepreneur Normand Trudel à l’extérieur de la salle d’audience du palais de justice de Saint-Jérôme, mardi dernier, où se déroule le procès des coaccusés de Terrebonne.

Un développeur immobilier dit avoir été forcé de verser des milliers de dollars sans raison valable à l’entrepreneur Normand Trudel pour permettre à son projet domiciliaire de voir le jour à Terrebonne.

L’entrepreneur en construction résidentielle François Barnabé a livré un témoignage émotif jeudi au procès de l’ancien maire Jean-Marc Robitaille.

Robitaille, son chef de cabinet Daniel Bélec, l’ex-directeur général de Terrebonne Luc Papillon et l’entrepreneur Normand Trudel sont accusés de corruption et d’abus de confiance.

François Barnabé a relaté avoir vécu un véritable calvaire à Terrebonne au début des années 2000 après avoir acquis des terrains pour un projet domiciliaire, le boisé de la Pinière.

Peu de temps après avoir fait l’achat des terrains, il a raconté s’être fait amener dans une minifourgonnette grise par le conseiller municipal Michel Morin.

Ce dernier l’aurait prévenu que puisqu’il allait faire de l’argent avec son projet, il faudrait « que tout le monde en fasse ». 

Michel Morin aurait dit à Barnabé de ne pas négocier les honoraires de la firme d’ingénieur BPR-Triax.

Le conseiller municipal aurait aussi dit à Barnabé de payer 6000 $ à Transport et Excavation Mascouche (une entreprise de Normand Trudel) pour réparer des travaux bâclés, même si Barnabé estimait ne pas devoir payer cette somme. 

Morin aurait aussi demandé à Barnabé de verser entre 7000 et 15 000 $ à Trudel pour une piste cyclable qu’il avait décidé d’aménager lui-même.

« Tu enlèves le profit à M. Trudel », lui aurait reproché Michel Morin.

Bâtons dans les roues

Malgré le fait qu’il ait accepté d’obtempérer et de payer ces sommes, François Barnabé a indiqué que la Ville n’avait pas cessé ensuite de lui mettre des bâtons dans les roues.

La Ville aurait refusé de payer pour les égouts à la dernière minute, contrairement à ce à quoi elle s’était engagée auparavant. 

Elle aurait aussi décidé d’empêcher le développement d’une phase de son projet en transformant ses terrains en « zone de biodiversité ».

Barnabé dit avoir dû dépenser à ce jour 12 millions $ en cour pour ce qu’il a décrit comme une « expropriation déguisée ». 

« On a 1,2 million $ de budget [annuel] [pour les procédures judiciaires] pour te faire chier », lui aurait répondu Michel Morin.

Le témoin a décrit le conseiller municipal Morin comme « celui qui menait le show », bien qu’il soit un simple élu. 

Un entrepreneur de Blainville, André Durocher, avait raconté plus tôt hier s’être fait avertir par Normand Trudel de ne pas soumissionner sur un contrat, car la job avait été donnée à quelqu’un d’autre. 

« Certains entrepreneurs ne voulaient pas me voir là », a-t-il expliqué.