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Malaise à Joliette concernant deux anciens prêtres

Simon Dessureault | Agence QMI

SIMON DESSUREAULT/AGENCE QMI

Joliette a une rue et une salle de spectacles portant les noms deux prêtres décédés des Clercs de Saint-Viateur, une congrégation embourbée par un scandale d’agressions sexuelles. Est-ce que les deux prêtres doivent garder cet honneur?

Une cinquantaine de prêtres et employés laïques des Clercs de Saint-Viateur sont actuellement visés par un recours collectif d’environ 300 personnes composées à 90 % d’hommes qui disent avoir été agressés sexuellement à partir de 1935. Certains faits dateraient même des années 1990.

D’ailleurs, huit religieux toujours vivants des Clercs de Saint-Viateur ont été arrêtés en juin dernier pour des crimes sexuels qui auraient été commis il y a des décennies. Ils sont pour la plupart âgés de plus de 80 ans.

Florian Bournival, un prêtre mentionné dans le recours, a une rue à son nom à Joliette depuis 2010.

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Mort à l'âge de 72 ans en 2002, il aurait sévi à l’orphelinat St-Georges à Joliette entre 1960 et 1964, selon le recours.

«Nous allons attendre le dénouement de ce recours collectif avant de nous prononcer et évaluerons à ce moment la possibilité de retirer toute nomination faite à son nom», a écrit Alexanne Moreau, agente de communication à la Ville de Joliette.

La salle de spectacles du Centre culturel Desjardins de Joliette porte de son côté le nom de Rolland Brunelle depuis 1998, un autre prêtre visé dans le recours.
Le Père Rolland Brunelle, qui a enseigné la musique au Séminaire de Joliette durant près de 40 ans, aurait commis des actes répréhensibles au Camp musical de Lanaudière en 1969, selon les documents de l’action collective. Il est décédé à l’âge de 93 ans en 2004.

«Les allégations portées à notre attention sont prises au sérieux et exigent que nous prenions un temps de réflexion sur les décisions à prendre», a expliqué par voie de courriel Jean-Sébastien Martin, le directeur général et artistique du Centre culturel Desjardins, où se trouve la salle Rolland-Brunelle.

Ce prêtre a également été sacré Chevalier de l’Ordre national du Québec en 1992.

«Rolland Brunelle est mentionné dans une dénonciation, alors il y aurait une victime du Père Brunelle», a affirmé Me Justin Wee, du bureau Arsenault Dufresne Wee Avocats, qui représente les présumées victimes dans le recours.

Selon l'avocat, la direction du centre culturel peut retirer le nom de la salle de spectacles, et ce, même si Rolland Brunelle n'a pas été trouvé coupable lors d'un procès.

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Il y a un précédent en semblable matière, selon Me Wee. En effet, la rue Roger-Garceau, à Trois-Rivières, a été débaptisée en décembre 2019 à la suite d’une dénonciation visant le religieux.

«Une victime aura de la difficulté à guérir quand le nom de son agresseur est choisi pour célébrer la culture», a ajouté l’avocat, alors que la majorité des victimes ont plus de 60 ans aujourd’hui.

Le Père Gervais Dumont, qui agit à titre de porte-parole des Clercs de Saint-Viateur, dit de son côté avoir entendu des commentaires positifs sur les deux prêtres en question.

«Nous sommes peinés et choqués pour l’ensemble de la situation, mais le Père Brunelle a été un musicien très apprécié dans la région de Joliette, a expliqué l’homme d’Église. Il a enseigné jusqu’à l’âge de 90 ans.»

Même son de cloche pour Florian Bournival. «C’était un homme d’une grande simplicité qui a été très apprécié par la population de la Paroisse [du Christ-Roi] où il a travaillé», a-t-il ajouté.

Le recours collectif intenté par les victimes continue de cheminer devant les tribunaux. Un juge doit maintenant déterminer le moment d’une rencontre pour négocier une éventuelle entente entre la congrégation religieuse et le bureau d’avocats.