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Le «prince de l’enfer» à la tête d’un réseau de fraudeurs sans scrupule

Maxime Deland

Une dizaine de fraudeurs qui auraient arnaqué des personnes vulnérables à la recherche de l’amour pour 2,3 millions de dollars ont été arrêtés par les policiers de la Sûreté du Québec (SQ), mardi, dans différentes régions de la province.

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Au total, les autorités avaient identifié une cinquantaine de victimes dont l’erreur aura été d’avoir cru qu’elles avaient trouvé le grand amour sur internet. Plus de la moitié d’entre elles sont des femmes (59 %).

La SQ a cependant précisé en soirée que la médiatisation de ce coup de filet a permis à d'autres victimes de se signaler auprès des autorités.

Le démantèlement du vaste réseau «d’arnaque amoureuse» a eu lieu au cours de la journée de mardi dans les régions de Québec, de Montréal et de l’Outaouais.

La présumée tête dirigeante de l’organisation, Sogli Espoir Kouassi, ainsi que ses deux complices allégués, Akissi Christelle Semon et Yapo Landry N’Cho, font partie des suspects appréhendés. Ils sont tous les trois âgés dans la trentaine.

Au total, neuf personnes ont été arrêtées mardi, dont trois qui ont déjà comparu au palais de justice de Québec. Six aux personnes seront aussi rencontrées ultérieurement.

Des accusations de recel ou de fraude sont notamment au menu pour les personnes épinglées.

«Prince de l’enfer»

Selon nos informations, Akissi Christelle Semon serait l’ancienne conjointe de Sogli Espoir Kouassi, qui aurait tiré les ficelles de ce réseau criminel.

Sur son compte Facebook, la présumée tête dirigeante du réseau utilise le pseudonyme Méphistophélès, qui selon la légende, serait l'un des sept princes de l'enfer, incarnant parfois le diable sur Terre.

Selon ce que l’enquête a permis d’établir, le réseau opérait au Québec depuis déjà quelques années.

«Les victimes ciblées étaient des personnes vulnérables, pour la plupart âgées et elles étaient repérées par l’entremise de sites de rencontres et des réseaux sociaux», a indiqué la sergente Audrey-Anne Bilodeau, porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ).

À partir d’un faux profil, l’objectif des arnaqueurs était d’entretenir la relation virtuelle avec leur victime assez longtemps pour réussir à la faire tomber en amour.

Une fois que cela était fait, les fraudeurs sans scrupule usaient d’imagination pour trouver toutes sortes de raison afin de soutirer de l’argent aux victimes.

«Ils réclamaient de l’argent à ces gens-là. Ils avaient tout à coup un accident, une urgence médicale ou bien ils devaient revenir au pays rapidement en raison de la COVID-19. Ils demandaient alors de l’aide financière à leur conjoint virtuel», a expliqué la porte-parole de la SQ.

Un cauchemar de 350 000 $

L’une des victimes était tellement amoureuse et voulait tellement aider sa nouvelle flamme qu’elle lui a envoyé un total de plus de 350 000 $. Ce qui devait être une belle histoire d’amour entamée sur internet s’est transformé en véritable cauchemar pour cette personne.

Les montants qui ont été soutirés aux victimes varient de 1000 $ à 350 000 $.

Selon les autorités, les victimes sont majoritairement québécoises, mais certaines autres ont été localisées en Ontario, au Nouveau-Brunswick et même en Europe.

Le réseau criminel aurait des ramifications jusqu’en Côte d’Ivoire. D’ailleurs, la SQ a fait savoir que six arrestations sont prévues au cours des prochains jours dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest dans le cadre de cette vaste enquête sur les «arnaques amoureuses».

Selon la police, d’autres personnes pourraient être tombées dans le piège tendu par le réseau de fraudeurs. La SQ invite ces potentielles victimes à communiquer avec le poste de police de leur municipalité afin de déposer une plainte officielle.

L’année dernière au Canada, la fraude de type «arnaque amoureuse» a fait 682 victimes au Canada, engendrant des pertes financières de plus de 19 millions $. En 2018, 760 personnes sont tombées dans le piège et ont déclaré des pertes de 22,5 millions $, selon le Centre antifraude du Canada.