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Manifestants anti-masques: François Legault veut éviter de créer des «martyrs»

Patrick Bellerose | Journal de Québec

François Legault craint de galvaniser le mouvement anti-masque s’il devait intervenir pour encadrer ou interdire les manifestations qui prennent de l’ampleur depuis plusieurs semaines au Québec.  

«On ne prévoit rien à court terme, mais on n’exclut rien dépendamment de l’évolution de la situation», a affirmé le premier ministre mercredi matin lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale.  

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Les rassemblements anti-masques ont attiré de plus en plus de citoyens mécontents au fil des semaines. Ils étaient plusieurs milliers dans les rues de Montréal récemment, sans masque et sans distanciation sociale.  

Toutefois, il est délicat d’intervenir pour encadrer un droit fondamental comme celui de manifester.  

«Est-ce qu’on veut interdire toutes les manifestations? Est-ce que les personnes qui sont collées habitent ensemble? Si c’est le cas, ils ont le droit, a-t-il illustré. Donc, ce n’est pas si simple.» 

Photo Stevens Leblanc

M. Legault s’est questionné à haute voix sur la «possibilité de le faire légalement» et la «possibilité de mettre ça en force par les policiers». «On se souvient de ce qui s’était passé avec les manifestations étudiantes, à l’époque», a-t-il souligné en référence au Printemps érable de 2012.  

«Est-ce qu’on veut faire des ‘‘martyrs’’, entre guillemets, de ces personnes-là», a-t-il ajouté.  

Mandats et partys privés  

Au cours du même point de presse, M. Legault a déclaré que l’État ne peut intervenir dans les maisons pour faire cesser les soirées privées, identifiées par Québec comme la principale cause des nouvelles éclosions au Québec.  

«Vous savez que, au Québec, pour entrer dans une maison, ça prend un mandat, a-t-il rappelé. Donc, effectivement, ce n’est pas simple. Mais on n’exclut rien.»  

Des discussions sont en cours entre la Sécurité publique et le Directeur des poursuites criminelles et pénales « pour voir comment éventuellement on pourrait travailler», a ajouté le premier ministre.  

Pas de projections  

Le point de presse a également permis d’apprendre que Québec ne détient pas de nouvelles projections à jour sur l’évolution de la pandémie cet automne.  

«Je n'ai pas d'autres projections que celles qu'on a publiées au mois de juin, a dit François Legault. Par contre, ce que je comprends, c'est que, quand on regarde le nombre d'hospitalisations et le nombre de décès, c'est pas mal en ligne avec la prévision du mois de juin. Par contre, il y a vraiment beaucoup plus de nouveaux cas que ce qu'on avait prévu au mois de juin.»  

M. Legault s’explique mal pourquoi la hausse de nouveaux cas ne se répercute pas en une augmentation du nombre d’hospitalisations ou des décès. Seule hypothèse disponible pour le moment : les nouvelles infections concernent surtout des jeunes.  

Zone orange  

Alors que certaines régions pourraient passer en zone orange au cours des prochains jours, un tableau qui circule en ligne affirme que l’imposition du port du masque obligatoire pourrait être étendue à de nouveaux lieux. Par exemple, les citoyens en zone orange auraient l’obligation de porter le couvre-visage «en tout temps» dans les salles de spectacles, ainsi que dans les marchés extérieurs, notamment.  

M. Legault confirme l’authenticité du document, mais précise qu’il s’agit d’un document de travail. Les mesures appliquées aux zones orange seront décidées au cas par cas, selon les circonstances dans les endroits visés. «Donc, ça, c'étaient des documents de travail, c'est des possibilités, mais ça ne veut pas dire qu'automatiquement toutes ces mesures-là sont appliquées, ça va dépendre de chaque situation», dit le premier ministre.  

Étendre le port du masque à de nouveaux lieux n’est pas exclu, «mais ce n'est pas envisagé à court terme», dit M. Legault.