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Première exposition solo à Montréal : Manuel Mathieu porte sa couleur

Anne-Lovely Etienne | Agence QMI

PHOTO ANNE-LOVELY ÉTIENNE / 24 HEURES

À 33 ans, Manuel Mathieu peut se vanter d’être le premier artiste noir canadien dont l'une des œuvres fut acquise par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM). Toutefois, la vantardise n’est pas du tout le genre de l’artiste à la renommée internationale.

Celui qui inaugure ce mois-ci son premier solo muséal en sol canadien avec «Survivance», au MBAM, souhaite plutôt s’engager à représenter les artistes des communautés noires et issus de la diversité dans le milieu des arts visuels, trop homogène à son goût.

«C’est très récent qu’il y ait des noirs dans les galeries commerciales. Je dirais que cela a commencé il y a moins de cinq ans», a-t-il constaté.

Le musée a acheté en 2017 son tableau «Autoportrait», conférant au peintre une notoriété qu'il espère pouvoir utiliser pour aider d'autres artistes.

«Je sens que j’ai une responsabilité. D’un côté, je dois avouer que je suis un peu déçu d’être le premier Haïtien-Canadien [dont une oeuvre est achetée par le MBAM]... Le Québec et Haïti entretiennent une longue histoire déjà et je crois que cela aurait dû arriver avant», a-t-il dit mardi lors de l’avant-première médiatique de l'exposition.

«D’un autre côté, je suis content de pouvoir ouvrir cette porte. J’ai une responsabilité parce que c’est important pour moi de préserver l’imaginaire de mon pays, un peu comme l’écrivain Dany Laferrière fait, car il raconte des histoires qui sont intimement liées à son univers et son univers est lié à celui d’Haïti aussi», a-t-il poursuivi.

Création d'un fonds

Manuel Mathieu a mis sur pied en décembre dernier le Fonds Marie-Solange Apollon, qui porte le nom de sa grand-mère, en espérant qu'il aide le MBAM à faire l’acquisition d’œuvres d’artistes québécois et canadiens émergents ou sous représentés dans la collection du musée.

«Je veux faire la place à d’autres imaginaires. Je veux qu’il y ait une parité hommes-femmes, les artistes de moins de 40 ans. Je veux que les jeunes voient qu’ils sont capables de créer dans un espace comme celui-ci», a-t-il soutenu.

«Les artistes ne sont pas tous dans la rue! Je veux projeter l’image d’un artiste prolifique, articulé, intelligent et qui vit de ce qu’il fait. Comme artiste, on a plein de choses à dire et à communiquer. L’art se connecte à tout le monde», a poursuivi le peintre.

Un curriculum impressionnant

À 19 ans, Manuel Mathieu a quitté la perle des Antilles et déposé ses valises dans la métropole pour y vivre avec sa grand-mère.

Puis, il a entamé des études universitaires à l’UQÀM au baccalauréat en arts visuels et médiatiques et s’est envolé pour Londres pour y poursuivre une maîtrise en beaux-arts au prestigieux Goldsmiths College, de l'Université de Londres.

Son étoile brille lors d’expositions solos dans plusieurs pays du monde : Chine, États-Unis, Belgique ou encore Angleterre.

D’ailleurs, Manuel Mathieu compte parmi ses clients célèbres Laurent Duvernay-Tardif et Serena Williams.

En avril 2020, l’artiste est corécipiendaire du prestigieux Prix Sobey pour les arts.

Finalement, cet automne, l’homme aux multiples talents présente «Survivance», son premier solo muséal canadien. Cette exposition qui lui est entièrement consacrée sera en résidence au Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu’au 28 mars 2021.