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«Ça me permet de quitter ce projet en paix» - Julie Perreault

Patrick Delisle-Crevier | Agence QMI

Éric Crépo

La comédienne annonçait il y a quelques mois sa décision d’abandonner son personnage de Brigitte dans la série «L’Échappée». Voilà qu’elle apprend ces jours-ci qu’elle a remporté un prix Artis pour ce même personnage. Entrevue avec la comédienne qui s’entretient avec nous sur sa décision, sur son prix, sur sa vie des derniers mois et sur ses projets.

Julie, comment vas-tu?

Ça va super bien, je tiens le coup avec cette pandémie, je garde le moral et je profite de cette période plus calme pour passer du temps avec ceux que j’aime et pour me reposer. Les derniers mois ont été fous, mais bénéfiques.

Tu viens de recevoir un prix Artis pour ton rôle de Brigitte dans «L’Échappée», qu’est-ce que ce prix représente pour toi?

J’ai été vraiment surprise! D’autant plus que, depuis le début de ma carrière, j’ai souvent été mise en nomination, mais sans jamais gagner de prix. Il faut en gagner un pour saisir pleinement l’impact de tout ça. C’est tellement puissant! Je suis remplie de reconnaissance. C’est une belle récompense, et «L’Échappée» a été un parcours particulier dans ma carrière. Je trouve que ça se termine d’une belle façon en recevant ce prix. On dirait que ça boucle bien la boucle et que ça me permet de quitter ce projet en paix.

Qu’est-ce qui t’a amenée à vouloir quitter «L’Échappée» et ton personnage de Brigitte?

Beaucoup de choses ont été dites autour de mon départ de «L’Échappée», mais la vérité, c’est que je me suis toujours donné le mandat envers moi-même d’aimer mon métier et de m’améliorer. Il y a quelque temps, je me suis rendu compte que j’avais l’impression d’avoir fait le tour du personnage. De plus, celui-ci évoluait d’une façon bien différente de ce que j’avais envisagé et de ce pour quoi j’avais accepté ce projet-là. Donc, j’ai ouvert le dialogue en mentionnant mon envie de partir. Parce que j’avais envie de relever un nouveau défi et d’exercer mon métier différemment en ayant la possibilité de défendre un autre personnage, de faire autre chose.

La décision a-t-elle été difficile?

Oui et pour plein de raisons. D’abord, pour les répercussions que ça allait avoir et que ça a sur ma carrière. Mais j’assume toutes les conséquences, parce que c’est la meilleure décision que j’ai prise. Je mûris cette décision depuis un certain temps et je suis en paix avec ça.

As-tu l’impression que tout ça va nuire à ta carrière?

Oui, je le sais bien que j’ai déplu à certaines personnes et je comprends, parce c’est un projet dans lequel j’étais la tête d’affiche. Si je l’ai fait, c’est parce qu’il fallait que je le fasse. Ce n’est pas agréable de faire ça, mais je me devais d’être honnête envers moi-même et envers les autres. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de partir. L’envie et le plaisir n’étaient plus là.

Tu as été approchée par «District 31» et tu as refusé. Pourquoi?

Simplement parce qu’à ce moment-là, j’étais sur «L’Échappée» et c’était impossible dans mon horaire. Par loyauté aussi, car je n’allais pas faire autre chose en même temps. Je n’allais pas abandonner le navire de façon précipitée, et c’est pour ça que j’ai signalé mon intention de partir un an, et même un an et demi à l’avance, afin que les auteurs et les producteurs puissent se virer de bord. Donc, oui, il y a eu cette approche de «District 31» pour le rôle du lieutenant. Mais, comme pour d’autres offres que j’ai eues, j’ai décliné l’invitation.

Qu’est-ce qui occupe tes journées ces jours-ci?

Techniquement, je suis encore en vacances et, tranquillement, je reprends le travail en photo. C’est surtout mon travail de photographe qui m’occupe ces jours-ci, mais à un rythme assez calme en période de pandémie. Je reviens aussi de vacances avec ma famille, et ça a fait le plus grand bien.

Comment as-tu vécu les derniers mois?

Je pense que j’ai bien vécu tout ça. C’est terrible ce qui arrive, mais dans mon cas, cette pause obligatoire a été salutaire parce que j’en avais besoin. Pendant cette période, j’ai beaucoup réfléchi, j’ai pris le temps de vivre et de me retrouver, de retrouver ma famille, mes amis et de penser à moi. Je pense que j’ai encore besoin de ce temps-là, parce que présentement je ne souffre pas du manque de travail. Je ne souffre pas d’insécurité parce que j’ai besoin de ce moment de répit. J’ai décidé de quitter mon travail, et c’est juste normal pour l’instant que je ne sache pas quand je vais retravailler. Encore là, j’assume pleinement les conséquences, parce que je suis la responsable de cette affaire-là. (NDRL: Quelques jours après l’entrevue, nous apprenions que Julie sera la vedette de la nouvelle série «Doute raisonnable», à ICI Tou.tv. Les tournages de cette série, réalisée par Podz et qui comprendra 10 épisodes d’une heure, devraient avoir lieu au printemps prochain, pour une diffusion possible à la saison 2021-2022.)

Comment meubles-tu ce temps-là?

J’étais confinée avec mes deux enfants, Thomas et Elisabeth. À partir du moment où on a pu voir les amis, on a vu quelques personnes. Mais je suis très prudente et je ne vois que les mêmes personnes depuis cinq mois. Je porte le masque depuis le début; c’est important pour moi de faire ce qu’il faut. Je suis très concernée par ce qui se passe.

La photographie semble prendre plus de place dans ta vie. Est-ce volontaire?

Oui. J’ai ouvert mon studio avec une amie l’année dernière et je savais que j’allais m’y consacrer un peu plus. Pour moi, c’était aussi une façon de contrebalancer «L’Échappée». J’avais le même personnage, les mêmes collègues de travail et, à un moment donné, j’avais besoin de me réinventer, et la photographie a permis ça. Surtout que j’ai des mandats de plus en plus intéressants et que j’aime relever de beaux défis. Mais la photo demeure mon deuxième métier. Je suis avant tout actrice.

Tu as dit non à «District 31». Si on te rappelait, dirais-tu oui?

À l’époque, ce n’était pas envisageable. En plus, à cette époque, j’étais encore en couple avec Sébastien. Ce n’était pas pensable que nous nous retrouvions tous les deux sur le même plateau avec des horaires de quotidienne. C’était impensable pour nos enfants. Ç’a vraiment été une affaire de timing. Et si on me proposait le tout maintenant, je ne l’accepterais pas. Pas parce que je n’aime pas l’émission, au contraire. Mais parce que j’ai besoin de recul. Et je ne veux surtout pas donner l’impression que je ne veux pas travailler, c’est même le contraire. Je trouve ça simplement sain de pouvoir prendre un pas de recul afin de regarder ce que j’ai envie de faire, de savoir où je m’en vais et avec qui j’ai envie de travailler. Présentement, je ne me lancerais pas dans un projet avec 150 jours de tournage par année. Ma démarche est réelle, je ne suis pas en dépression ou en burn-out — même que je n’ai jamais eu autant d’énergie —, mais il faut que je la canalise à la bonne place.

Tu as plus de deux décennies de carrière. Quel bilan dresses-tu de tout ça?

C’est drôle, parce que mon fils, Thomas, a fait ses auditions pour les écoles de théâtre cette année et il entre au conservatoire. Pendant les trois prochaines années, il va être étudiant dans une école de théâtre, celle où je suis allée il y a 23 ans. Il va avoir les mêmes profs, il va marcher dans les mêmes corridors. C’est tellement fou! Je sais ce qu’il va vivre et que sa vie va changer... Dans ma tête, on dirait que je vivais ça hier; tout a été si vite! Tout ça m’amène aussi à réaliser que je suis chanceuse de perdurer dans le métier. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus «groundée». J’ai de plus en plus d’expérience et tout ça est beaucoup moins intimidant pour moi. Je sais plus que jamais que je suis à la bonne place, que je suis capable de performer et d’exercer mon travail. Que mon désir du jeu est toujours là. Je suis fière des rencontres et des personnages que j’ai défendus.

Tu dois être fière de ton fils!

Je suis vraiment très fière de lui et j’ai un super beau lien avec lui. On est très proches, il me consulte, je l’accompagne là-dedans et nous sommes très complices. En même temps, je suis totalement effrayée parce que je sais ce qu’il va vivre et je sais que ça va changer sa vie. Il va y avoir de beaux défis et des bouts difficiles.

Si tu ne devais retenir qu’un seul projet, ce serait lequel?

«Minuit le soir» a été un projet qui a eu un gros impact sur ma carrière. En plus, j’ai appris énormément avec Claude (Legault) et Podz sur mon métier.

Qu’aimerais-tu faire comme rôle?

C’est difficile à dire, mais je pense que j’aimerais faire davantage de comédie. J’aimerais aussi jouer dans une comédie romantique. J’ai toujours rêvé de faire ça! En attendant, je vais faire de la photo. C’est aussi la première année au conservatoire de mon fils et c’est la première année au secondaire de ma fille. Je veux être là pour eux et je vais aussi profiter un peu de la vie.

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