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«Moi j’ai capoté», dit un courtier sur la fuite chez Desjardins

Journal de Québec | Jean-Michel Genois Gagnon et Hugo Joncas

Capture d'écran

Un témoin qui a eu en sa possession des données sensibles provenant de la fuite de Desjardins dit avoir été «choqué» lorsqu’il a appris que son collaborateur figurait parmi les suspects dans les reportages de notre Bureau d’enquête.

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«Moi j’ai capoté», a dit hier le témoin, dont l’identité est frappée d’une ordonnance de non-publication. 

Désigné par les initiales «SS», il a été interrogé devant le Tribunal administratif des marchés financiers dans le cadre des procédures pour retirer le droit d’exercice à son ancien collaborateur, François Baillargeon-Bouchard. Ce courtier de Québec est soupçonné d’avoir acheté une liste de 40 000 noms issus du vol de renseignements. 

Mercredi, l’enquêteur de l’AMF, Sébastien Bordeleau, avait mentionné lors de son témoignage que SS aurait fait 95 % du travail pour contacter les clients issus des listes de données volées. L’Autorité l’a interrogé en novembre 2019.  

Sous serment, SS a assuré qu’il n’avait pas connaissance de la provenance des données lorsqu’il contactait les clients et qu’il n’a jamais vu les listes de prospection complètes. 

Lors de l’annonce de la fuite de données par Desjardins en juin 2019, SS dit avoir reçu comme réponse de Baillargeon-Bouchard de ne pas s’inquiéter. 

Il a toutefois décidé de couper progressivement tous ses liens d’affaires avec lui en septembre, après avoir visionné le reportage de notre Bureau d’enquête à JE

«J’ai terminé les dossiers dont les rendez-vous avaient été pris avant les perquisitions des policiers», dit SS, qui collabore avec l’AMF.  

Partenariat 

Selon ses dires, c’est Baillargeon-Bouchard qui l’aurait approché en 2017 pour ce partenariat, avec des commissions partagées 50-50. La première rencontre avec des clients référés par son collaborateur aurait eu lieu en décembre 2017 et la dernière, en octobre 2019.  

Le rôle du courtier SS était de rencontrer les clients potentiels et de leur offrir des tarifs plus avantageux pour certains produits. Un téléphoniste embauché par Baillargeon-Bouchard, Mathieu Charbonneau, programmait les rendez-vous de SS avec des clients issus des données volées.  

Parmi ces renseignements figuraient le nom, l’adresse et les détails du prêt hypothécaire. «Moi, je voulais avoir l’âge des clients, le statut fumeur ou non-fumeur ainsi que les antécédents médicaux», a-t-il avancé. Ces éléments influencent la tarification pour certains produits d’assurance. 

Chaque semaine, SS obtenait 15 à 20 clients potentiels. Il faisait ensuite un filtre afin de cibler les gens ayant le plus de potentiel de signer un contrat. 

SS a reconnu avoir cogné à «75 adresses» en 2018, mais elles incluaient des clients d’autres institutions financières que Desjardins.  

Au total, il chiffre à au moins 250 le nombre de référencements fournis par Mathieu Charbonneau. Selon lui, il parvenait à vendre des produits d’assurance dans 75 % de ses rencontres.  

La comparution de Baillargeon-Bouchard doit avoir lieu la semaine prochaine.