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Peine record pour un entraîneur d’équitation abuseur sexuel

Jonathan Tremblay | Journal de Montréal

clément lamoureux

Jonathan Tremblay / JdeM

Un juge a voulu lancer un message clair à la société, vendredi, en imposant une peine record de 15 ans et demi de prison à un coach d’équitation ayant agressé sexuellement une douzaine de victimes sur une période de 20 ans.

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«Il profitait de son emploi pour cibler et profiter de ses victimes. Toutes les victimes faisaient de l’équitation, et il a profité de leur naïveté pour les manipuler», a lancé vendredi le juge Denys Noël, à l’égard de Clément Lamoureux.

Le magistrat a détaillé la lourde sentence de 15 ans et demi de prison qu’il a imposée à l’ex-entraîneur équestre devant quelques-unes de ses victimes visiblement émotives, au palais de justice de Sorel-Tracy.

Entre 1997 et 2017, l’homme a assouvi ses bas instincts sur 12 jeunes filles vulnérables qui fréquentaient l’écurie où il travaillait, à Saint-Amable. Une seule d’entre elles était majeure.

Il approchait et tripotait ses victimes avec insistance afin de les séduire et de les inciter à avoir des relations sexuelles avec lui, selon un modus operandi bien établi. 

En échange de leur silence, il les laissait monter à cheval.

Certaines d’entre elles sont même tombées amoureuses de lui. 

D’autres ont eu une centaine de relations sexuelles complètes avec lui, et parfois avec d’autres adultes tels que son fils, qui doit également subir un procès.

Lamoureux était à la tête de ces épouvantables activités de groupe durant lesquelles des concours de fellation ont impliqué des adolescentes aux yeux bandés.

Feuille chiffonnée

Le juge Noël a tenu compte dans sa décision des impacts dont souffrent encore des victimes du prédateur aujourd’hui, dont des troubles d’attachement, de consommation de drogue et d’alcool.

Lors des observations sur la peine, l’une d’elles a d’ailleurs comparé sa condition actuelle à celle d’une feuille de papier qu’on chiffonnerait avant de la déplier, a relaté le juge.

«Elle ne sera plus jamais comme avant, et ses mots sont assez percutants», a-t-il concédé, disant que Lamoureux leur avait volé leur adolescence.

Le magistrat a par ailleurs soutenu que l’agresseur n’avait «aucune empathie» pour les femmes qu’il a blessées et qu’il minimise sa responsabilité.

«Il se justifie en disant qu’ils étaient en amour l’un avec l’autre, et qu’il croyait avoir le droit à partir de 14 ans», a-t-il dit. Il n’a pas cru à cette version.

En cumulant les peines qu’il désirait rendre pour chacun des quelque 60 chefs d’accusation, le juge comptabilisait un total de 28 ans et demi d’emprisonnement. Il a dû réajuster le tir pour en arriver à une sentence dissuasive, mais juste.

«C’est très bon. Je suis très satisfaite», a affirmé à sa sortie de la salle de cour la procureure de la Couronne Geneviève Beaudin, qui avait suggéré une peine de 18 ans. 

«Ça démontre la gravité des gestes commis sur les victimes. Il faut faire confiance au système de justice.»

À titre comparatif, l’ex-entraîneur Bertrand Charest, qui avait commis des agressions répétées sur neuf jeunes skieuses, a quant à lui écopé de 10 ans et 3 mois de prison, en appel en 2019.

En déduisant sa détention préventive, Clément Lamoureux doit encore purger une peine d’emprisonnement de 13 ans et 7 mois.

Une victime d’abus garde confiance envers le système 

Marie-Elyse Guertin est satisfaite de la peine imposée à son agresseur.

Photo Jonathan Tremblay

Marie-Elyse Guertin est satisfaite de la peine imposée à son agresseur.

«Il faut faire confiance au système de justice», a témoigné vendredi avec détermination une des 12 victimes agressées sexuellement par l’entraîneur d’équitation Clément Lamoureux.

C’est après une longue décision réfléchie pendant plus d’un an que Marie-Elyse Guertin a décidé de faire lever le voile sur son identité.

La femme de 34 ans a demandé au juge Denys Noël d’annuler l’ordonnance de non-publication qui protégeait son nom, comme pour toutes victimes de crimes sexuels, afin de commenter publiquement la décision qui a été rendue contre son agresseur.

Convenable

«En tant que victime, c’est sûr que j’aurais aimé qu’il écope de 18 ans de prison, mais je ne suis pas déçue. C’est une peine convenable et exemplaire. J’espère qu’il va comprendre», a-t-elle exprimé, quelques instants après le prononcé de la sentence de 15 ans et demi de l’ex-entraîneur équestre.

«Je me dis que le temps qu’il va être en dedans, il ne peut pas faire d’autres victimes. Ça ne pourra pas me guérir. Ça fait 20 ans, et j’en vis encore les conséquences. Donc, avec 15 ans, lui, il s’en tire pas si mal», a-t-elle poursuivi.

Réseaux sociaux

Après cette prise de position publique, Mme Guertin veut également profiter de l’occasion pour sensibiliser les autres personnes qui ont été marquées au fer rouge comme elle par un manipulateur ou un agresseur à les dénoncer auprès des autorités.

«C’est important pour les victimes de passer par le système de justice, et pas juste par Facebook ou Instagram. C’est bon [les réseaux sociaux], mais ce n’est pas assez», a conclu la jeune femme.