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Génération COVID-19: frappée sur tous les fronts

Dominique Scali | Journal de Montréal

Marine Lingrand a moins souvent accès aux laboratoires de l'Université McGill, à Montréal, en raison de la pandémie, ce qui pourrait étirer la durée de son doctorat en biochimie.

Photo Chantal Poirier

Marine Lingrand a moins souvent accès aux laboratoires de l'Université McGill, à Montréal, en raison de la pandémie, ce qui pourrait étirer la durée de son doctorat en biochimie.

Rupture amoureuse, études rallongées, famille éloignée : presque tous les plans de vie d’une étudiante de l’Université McGill sont bouleversés par la pandémie. 

« Tous mes projets ont éclaté en l’espace de trois mois », raconte Marine Lingrand, 26 ans.  

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Avant le confinement, elle pensait terminer son doctorat en biochimie dans les délais habituels, tout en voyant régulièrement sa famille en France. 

Ensuite, son copain et elle se seraient trouvé un poste dans une université quelque part au Canada ou en Europe pour être enfin ensemble dans la même ville. 

« Ou à tout le moins, dans le même pays. »  

Le confinement a d’abord affecté ses études puisqu’elle passait la majeure partie de son temps en laboratoire. De la mi-mars au début juin, les locaux spécialisés n’étaient toutefois plus accessibles.  

Ils ont maintenant rouvert, mais les horaires ont été réduits et le nombre de personnes qui peuvent s’y côtoyer aussi. Ainsi, le temps qu’elle peut y passer est divisé de moitié, estime-t-elle.  

Mme Lingrand craint donc de voir s’étirer la durée de son doctorat, qu’il faut normalement entre quatre et sept ans à compléter. Or, comme elle est Française, son permis d’études expire en 2023.  

« Ça va sûrement arriver [...]. J’essaie de ne pas trop y penser », dit-elle, quelque peu résignée.  

24 heures sur 24

Par ailleurs, son copain des trois dernières années et elle se sont installés ensemble pendant le confinement. Comme il étudie à Boston, ils ont pris cette décision avant que la frontière ne ferme.  

Ils avaient l’habitude de se voir une fois toutes les deux semaines. Du jour au lendemain, ils se sont retrouvés ensemble 24 heures sur 24 dans son appartement montréalais de trois pièces et demie.  

« Il fallait sortir dehors quand l’autre avait une réunion [virtuelle], puisque je n’ai même pas de table de travail. C’était très compliqué. » 

Le couple n’a pas survécu à cette épreuve. Ils sont restés en bons termes et songent même à renouer, mais ils sont maintenant séparés par une frontière à la perméabilité incertaine, explique-t-elle.  

« Ça avait toujours été clair que la prochaine étape [de nos vies], on la vivrait ensemble », relate-t-elle.  

Tout cela, elle a dû le vivre loin de sa famille, dont elle est séparée par un océan. Elle voit normalement ses parents deux à trois fois par an. La pandémie est venue bousculer les plans de voyages.  

« C’est vraiment lourd pour le moral », avoue-t-elle.  

« J’ai pas mal pété les plombs. Au quotidien, on se dit : “tout va bien”. Et puis finalement, non. »  

Période charnière

Comme eux, de nombreux jeunes dans la vingtaine ont été frappés de tous les côtés par le confinement, explique Maria Eugenia Longo, sociologue de la jeunesse et professeure à l’Institut national de la recherche scientifique. 

« C’est une période de la vie où toutes les transitions sont concentrées, si on compare à d’autres classes d’âge », résume Mme Longo. 

Quitter le foyer familial pour étudier, s’endetter, travailler, s’installer en couple, énumère-t-elle. 

« Irréversibles »

Or, à peu près toutes ces sphères ont été bouleversées par le confinement. Les campus ont été désertés. Les entreprises qui embauchaient beaucoup d’étudiants, comme les restaurants, ont fermé. 

« C’est un moment de la vie où on change le plus souvent de relations, que ce soit en amour ou en amitié. Le confinement a empêché ça, aussi. »

Des jeunes sont revenus chez leurs parents. D’autres ont précipité leur couple, illustre-t-elle.

De son côté, Marine Lingrand soupçonne que plusieurs changements opérés dans sa vie par la pandémie sont « irréversibles ». 

« J’ai peur qu’il n’y ait pas de retour à la normale », avoue-t-elle.