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Un Québécois veut recycler ici les avions retirés par la pandémie

Sylvain Larocque | Journal de Montréal

Ron Haber a fondé Aerocycle en 2013, ce qui ne l’a pas empêché de conserver son poste de cadre chez le géant de l’informatique Dell Technologies.

Photo Reuters

Ron Haber a fondé Aerocycle en 2013, ce qui ne l’a pas empêché de conserver son poste de cadre chez le géant de l’informatique Dell Technologies.

La crise sans précédent qui ébranle le secteur aérien a eu pour effet d’envoyer au rancart des milliers d’avions. Ron Haber aimerait bien s’occuper de certains d’entre eux.

Fondée en 2013, sa PME, Aerocycle, est spécialisée dans le démantèlement d’avions. Au fil des ans, elle a recyclé de vieux Airbus A310 d’Air Transat, des avions régionaux et des jets d’affaires.

Les composants qui ont le plus de valeur, comme les moteurs et les groupes auxiliaires de puissance, sont récupérés et revendus, tandis que l’aluminium est refondu pour être transformé en bicyclettes ou en canettes.

Avant de lancer la démolition de ces oiseaux de métal qui ont des centaines de milliers de kilomètres au compteur, le président d’Aerocycle a la chance unique de prendre part à leur tout dernier vol. Pour immortaliser le tout, on ne lésine pas sur les photos et les vidéos.

Un appareil en train d’être démoli à l’Aérocité internationale de Mirabel, en banlieue de Montréal.

Photo courtoisie

Un appareil en train d’être démoli à l’Aérocité internationale de Mirabel, en banlieue de Montréal.

« Attachement physique » 

Bien des membres d’équipage et des voyageurs éprouvent un « attachement physique » pour leurs appareils de prédilection, note M. Haber. 

En 2020, Aerocycle prévoyait démanteler au moins 10 avions à l’aéroport de Mirabel, ce qui aurait été un record. À cause de la pandémie, ce sera à peine quelques-uns.

Mais au lieu de se laisser abattre, M. Haber s’est retroussé les manches. Il a recruté un expert américain, Edward Glueckler, afin de repérer les meilleurs appareils disponibles dans le monde. 

La crise sanitaire a forcé les compagnies aériennes à clouer des milliers d’avions au sol. Plusieurs d’entre eux ne reprendront jamais le ciel. 

De 400 à 500 par année, le nombre d’avions démantelés dans le monde pourrait doubler à 1000 d’ici 2023 à cause de la pandémie, selon des prévisions de la firme spécialisée Cirium citées par Reuters.

« La COVID, avec tout ce qui s’est passé, ça nous a affectés grandement, on ne se le cache pas. Mais ça nous amène une opportunité vraiment unique et c’est ce qu’on est en train d’exploiter en ce moment », affirme Ron Haber.

Des Boeing 747 britanniques 

Aerocycle a notamment des visées sur trois des Boeing 747 que British Airways a retirés de sa flotte au printemps. Décrocher un contrat pour cet appareil mythique auprès d’une compagnie aérienne connue à travers le monde serait un exploit considérable pour la jeune entreprise.

Il y a toutefois un hic. Ron Haber s’interroge sur la rentabilité de l’opération, étant donné que de moins en moins de compagnies aériennes exploitent le 747, la vénérable « Reine des cieux ». « Ce dont on s’inquiète un peu, c’est de la valeur de revente des composants », relève M. Haber.

Si Aerocycle réussit à mettre la main sur les avions à un prix raisonnable, « ça peut être intéressant financièrement », assure-t-il.

Pour l’instant, toutefois, le prix des avions en fin de vie n’a pas baissé significativement dans le monde, les transporteurs misant encore sur une reprise du secteur aérien au cours des prochains mois.

Un bel avenir 

Quoi qu’il en soit, l’entrepreneur est convaincu que le démantèlement d’avions est promis à un bel avenir au Québec.

« Aerocycle, c’est vraiment le dernier maillon qu’il manquait au Québec dans le cycle de vie d’un avion », souligne-t-il. 

Pour se donner toutes les chances de succès possibles, Ron Haber et ses associés ont profité des mois d’accalmie pour investir dans les installations d’Aerocycle.

« On a une offre de services qui est incomparable dans le marché, soutient le dirigeant. Nos coûts d’exploitation sont vraiment bas et on a un aéroport qui est incroyable. »

M. Haber discute actuellement avec des partenaires privés et Investissement Québec pour obtenir du financement.

« Si on est capables d’atteindre notre vitesse de croisière de 15 à 20 avions annuellement, on parle de 75 à 100 emplois additionnels », s’enthousiasme-t-il. 

Air Canada préfère envoyer ses appareils aux États-Unis  

Ron Haber ne perd pas espoir de convaincre Air Canada de lui confier ses vieux avions plutôt que de les envoyer à l’étranger.

L’homme d’affaires est à la tête de la PME québécoise Aerocycle, la seule entreprise canadienne accréditée pour le démantèlement et le recyclage d’avions.

« On ne comprend pas, dit-il. On est dans leur cour arrière. On a eu plusieurs discussions avec eux et ils ont choisi d’envoyer leurs appareils aux États-Unis. »

Heureusement, le dialogue n’est pas complètement rompu avec Air Canada.

Le transporteur montréalais aurait potentiellement beaucoup de travail à donner à Aerocycle. 

Des dizaines d’avions retirés 

En avril, Air Canada a retiré de sa flotte son tout premier Airbus A320, qui était en service depuis 1990. L’appareil est actuellement en cours de démantèlement au célèbre cimetière d’avions Pinal, en Arizona.

Puis en mai, Air Canada a annoncé le retrait de 79 autres appareils Boeing 767, Embraer E190 et Airbus A319. Cinquante d’entre eux, dont 30 Boeing 767 et 14 E190, sont déjà sortis de la flotte. Les 767 sont entreposés en Arizona alors que la plupart des E190 ont été retournés à leur propriétaire.

Le Journal a demandé à Air Canada si elle envisageait de faire affaire avec Aerocycle, mais l’entreprise n’a pas répondu.

Le PDG d’Air Canada, Calin Rovinescu, a déclaré en mai qu’il plaçait le transporteur en « état d’hibernation ». Selon lui, il faudra au moins trois ans avant que le niveau d’activité revienne à ce qu’il était avant la pandémie.

Malgré tout, la compagnie aérienne continue de prendre possession de nouveaux avions Airbus A220 construits à Mirabel. Elle en a reçu trois depuis la reprise des livraisons, en mai, et doit en recevoir plusieurs autres d’ici la fin de l’année. La société d’État fédérale Exportation et Développement Canada (EDC) a prêté 788 millions $ à Air Canada pour l’aider à effectuer ces achats.

La compagnie aérienne doit également recevoir de nouveaux avions Boeing 737 MAX lorsque l’appareil aura été recertifié par les autorités réglementaires mondiales.