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Cour suprême : Trump veut agir vite, mais son pari se corse

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Donald Trump affinait dimanche le choix du successeur de Ruth Bader Ginsburg à la Cour suprême, décidé à ancrer cette institution dans le camp conservateur avant la présidentielle, malgré les réticences au sein même de son parti. 

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Deux sénatrices républicaines ont déjà annoncé qu’elles refuseraient de pourvoir ce poste, doté d’énormes pouvoirs, avant le scrutin, ce qui complique singulièrement l’équation pour le président.

En campagne pour sa réélection, Donald Trump a promis qu’il nommerait rapidement « une femme très talentueuse » pour remplacer la juge « RBG », une icône féministe et progressiste, décédée vendredi à 87 ans des suites d’un cancer.

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Pour galvaniser la droite religieuse, il avait déjà publié une présélection de magistrats partageant leurs valeurs sur l’avortement, le droit à porter des armes ou encore les libertés religieuses. 

Il a désormais « resserré la liste » des candidats et va « très vite » faire connaître son choix, a précisé dimanche sur CNN Marc Short, chef de cabinet du vice-président Mike Pence.

Deux noms circulent avec insistance pour rejoindre les huit juges de la haute juridiction.

Le premier est celui d’Amy Coney Barrett, une catholique de 48 ans, qui a une longue carrière académique. Elle est réputée pour ses articles de doctrine juridique, largement influencés, selon ses détracteurs, par ses valeurs religieuses traditionalistes. 

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Une magistrate d’origine cubaine Barbara Lagoa, 52 ans, semble également bien placée. Ancienne juge à la Cour suprême de Floride, elle exerce aujourd’hui dans une cour d’appel fédérale à Atlanta. Elle présente l’avantage de venir d’un État-clé, susceptible de peser sur le résultat de la présidentielle.

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« Perdre sa foi »

Une fois que Donald Trump aura fait connaître son choix, il reviendra au Sénat, où le parti républicain dispose de 53 sièges sur 100, de le confirmer. 

Leur chef Mitch McConnell a déjà dit qu’il organiserait un vote, même s’il avait refusé de le faire pour un candidat présenté par le président démocrate Barack Obama en 2016, au motif que le scrutin était trop proche.

Les démocrates lui ont vivement reproché ce revirement.

« On dirait que le sénateur McConnell a perdu sa foi dans le jugement des Américains », a critiqué l’ancien président démocrate Bill Clinton sur CNN, en le taxant d’« hypocrisie ».

Pour lui, le pari est dangereux et place certains sénateurs républicains dans une position délicate. « On verra ce que les gens pensent » des candidats en lice pour leur réélection « qui font clairement le contraire de ce qu’ils avaient dit avant ».

« Par honnêteté envers le peuple américain », la sénatrice républicaine modérée Susan Collins, qui mène une campagne difficile, a estimé dès samedi qu’il faudrait attendre le verdict des urnes avant de pourvoir le siège vacant.

Dimanche sa consœur Lisa Murkowski a à son tour fait savoir qu’elle ne voterait pas pour attribuer un poste à la Cour suprême « si près des élections ». 

« On a besoin d’une Cour entière pour le jour du scrutin », a au contraire estimé le sénateur Ted Cruz, un ultraconservateur, en rappelant que la Cour pourrait avoir à trancher les litiges électoraux. Mais il a dû admettre ne pas être sûr que son parti ait les voix nécessaires.

« Cordes à son arc »

Si deux autres sénateurs républicains font défection, le candidat de Donald Trump sera bloqué. 

La bataille pour convaincre les potentiels pivots s’annonce donc féroce. 

Dès le décès de Ruth Bader Ginsburg, des millions de dollars ont été levés par des groupes progressistes qui comptent mener des campagnes ciblées dans les circonscriptions les plus disputées.

Les démocrates n’ont toutefois pas beaucoup d’armes juridiques pour empêcher cette nomination. Interrogée à ce sujet sur ABC, leur cheffe au Congrès, Nancy Pelosi, a assuré avoir « des cordes à son arc », sans vouloir donner de précision.

« Les enjeux sont énormes », a-t-elle dit, en soulignant que la Cour suprême est notamment censée se prononcer dans les mois à venir sur l’avenir de la réforme de l’assurance maladie dite Obamacare, qui a étendu les couvertures maladies de millions d’Américains, mais que les républicains veulent démanteler.

« Je pense qu’il faut rester très calme », a-t-elle poursuivi. Et surtout, a-t-elle ajouté, « tout le monde doit aller voter ».