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Accusé à 80 ans d’avoir mis sa fille adolescente enceinte

Michael Nguyen et Antoine Lacroix | Journal de Montréal

Bloc justice

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Un octogénaire accusé d’avoir drogué puis agressé sexuellement sa fille de 16 ans qui est ensuite tombée enceinte ne doit pas être remis en liberté, a statué un juge, en qualifiant la situation «d’horrifique».

« Le crime est grave. [...] Avoir une relation sexuelle avec une personne inconsciente qui est sa fille, qui mène à une grossesse, il est difficile de s’imaginer un scénario un peu plus horrifique pour la victime de ce crime », a commenté le juge Stéphane Godri, la semaine dernière, au palais de justice de Longueuil.

L’histoire d’horreur, survenue dans une municipalité de la Rive-Sud de Montréal, a été mise au jour lorsqu’une adolescente s’est présentée à un poste de police de la Sûreté du Québec (SQ) cet été. La victime, que l’on ne peut identifier, avait alors indiqué aux policiers qu’elle venait d’apprendre qu’elle était enceinte de six mois.

« Elle était en état de choc, elle ne comprenait pas ce qui se passait, elle pleurait », a témoigné une enquêteuse lors de l’enquête sur remise en liberté. « Elle n’avait eu qu’une relation sexuelle de sa vie, un an plus tôt. »

Rapidement, l’adolescente a été prise en charge par une équipe médicale, qui l’a questionnée pour tenter de savoir qui pouvait être le père.

« Ça a parlé de possibilité d’une relation non consentante lors d’une fête, mais elle niait, a expliqué l’enquêteuse. Elle sort peu, pour elle, c’était impossible. Nous, on essayait de la sécuriser. »

Parallèlement et à la demande de l’adolescente, le corps médical a exceptionnellement procédé à une fin de grossesse. La police a ensuite procédé à des tests d’ADN, pour finalement découvrir la vérité : de toute évidence, le père de la victime l’avait droguée, puis violée.

« Apprendre qu’on est enceinte est déjà un choc, a commenté le magistrat. Il est surmultiplié par un facteur que je ne suis pas capable d’identifier quand on apprend que le géniteur serait notre père. »

De viol en viol 

L’enquête a rapidement déboulé. Mais au fil des rencontres avec des témoins, la SQ a découvert que derrière cette histoire se cachait une situation qui dépassait le cadre d’un seul cas d’inceste.

En rencontrant la mère de la victime, ils ont appris qu’elle était arrivée au pays quelques années avant la naissance de sa fille de 16 ans. Elle logeait alors chez l’accusé, où elle avait été embauchée pour s’occuper des enfants de l’homme. Mais la gardienne était à l’époque mystérieusement tombée enceinte de son patron. « Il n’y a pas eu de plainte, elle l’a marié », a expliqué l’enquêteuse.

Terreur 

D’autres témoignages ont ensuite révélé que l’homme semblait avoir des penchants pédophiles et qu’il faisait régner la terreur auprès de ses proches. 

Arrêté pour inceste et agression sexuelle, il se serait vanté en interrogatoire policier d’être un homme riche, capable de se procurer des armes à feu facilement.

Il espérait obtenir une liberté sous caution en attendant son procès, mais son plan a échoué.

« Il s’agit d’un crime grave. La preuve contre l’accusé, je la considère à cette étape-ci accablante. La victime était clairement vulnérable. Je ne vois pas comment un public bien informé ne pourrait pas perdre confiance en l’administration de la justice si l’accusé pouvait retrouver sa liberté dans de telles circonstances. »


L’accusé de 80 ans reviendra à la cour à la fin du mois pour la suite des procédures.