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Étudiants submergés par les cours en ligne et les logiciels

Roxane Trudel

Photos Martin Alarie et Ben Pelosse

Des étudiants au collégial ne savent déjà plus où donner de la tête avec les cours en ligne, au point où certains ont préféré abandonner des cours ou même leur session quelques semaines après le début des classes. 

« J’ai eu la malchance de n’avoir aucun cours en présentiel. Cela veut dire passer mes journées enfermé dans ma chambre, à me sentir seul [...] Il est extrêmement difficile de ne pas procrastiner, ce qui me rend anxieux », déplore Lou Gabriel-Courval.

Comme plusieurs autres avec qui Le Journal s’est entretenu, l’étudiant de 17 ans qui est à sa première session en sciences pures et appliquées au Collège de Maisonneuve, à Montréal, a déjà dû abandonner un cours, incapable de trouver l’aide nécessaire à l’approche de son premier examen de mathématiques. 

« J’aurais eu un échec assuré [...]. C’est écrit dans le ciel que le taux de décrochage va être immense. Déjà, moi qui est un élève fort, assidu et persévérant, j’ai dû annuler un cours, alors je n’imagine pas ceux ayant une motivation plus basse », poursuit-il. 

Lou Gabriel-Courval a l’impression de devoir s’enseigner la matière, puisque certains de ses professeurs utilisent des capsules en ligne. Des distractions à la maison et des bogues informatiques nuisent aussi grandement à sa concentration. 

« Comment on peut apprendre dans ces conditions ? » se questionne-t-il.

Laissés à eux-mêmes 

Si plusieurs ont confié au Journal qu’ils se sentaient laissés à eux-mêmes et qu’ils souhaiteraient plus d’encadrement, d’autres peinent à se retrouver au travers de toutes les différentes plateformes. 

Teams, Zoom, Omnivox, BigBlueButton, Moodle, Google Classroom, Léa, Flipgrid, YouTube... La liste des applications a de quoi étourdir les plus organisés. 

« C’est vraiment le bordel, les cours en ligne. Aucun de mes profs n’utilise les mêmes plateformes [...]. C’est vraiment difficile de s’organiser avec la charge de travail de mon programme qui est déjà très lourde », explique Océane Bouret, étudiante en sciences de la nature profil santé au cégep Édouard-Montpetit de Longueuil, qui jongle entre sept cours. 

« Ensuite, il faut se souvenir où est le code [pour accéder à la conférence] Zoom. Sur le plan de cours, en message privé, programmé sur Omnivox. C’est littéralement la chasse aux codes Zoom », ajoute Sarah Lafond-Savary, étudiante en sciences humaines au Collège André-Grasset, à Montréal.

Intégration difficile 

Pour ceux qui commencent un nouveau programme, c’est d’autant plus difficile de trouver des repères, eux qui n’ont pas eu le loisir de créer des liens avec leurs collègues lors d’une journée d’intégration ou d’un cours en classe. 

« Les étudiants se sentent submergés par une panoplie de consignes, de nouvelles modalités, mais aussi de consignes qui changent de semaine en semaine », souligne la présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Noémie Veilleux.

Elle aimerait que les établissements priorisent les cours en classe lorsque c’est possible, pour sécuriser les étudiants et encourager le contact humain.     

  • La Fédération étudiante collégiale du Québec travaille à uniformiser les pratiques internes et demande l’accès à des formations et à des outils pour aider les jeunes à comprendre les logiciels.   

Des enseignants du cégep sont à bout de souffle  

Pendant que les besoins en encadrement explosent, les professeurs au niveau collégial ont moins de temps et d’énergie pour s’occuper de leurs étudiants à cause de l’alourdissement de leurs tâches, alerte un regroupement d’enseignants. 

« Les profs se sentent déjà à bout de souffle et on est à la mi-septembre seulement », se désole Yves de Repentigny, vice-président et responsable du regroupement cégep de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ). 

Ils ont déjà pour la plupart eu à adapter leurs cours pour les donner à distance – ou encore par petits groupes, plusieurs fois, en présentiel –, et plusieurs se sont retrouvés avec des groupes plus nombreux à cause de la grande capacité des classes en ligne. 

Rassurer les jeunes

Or, en dépit des heures de corrections supplémentaires, les enseignants doivent répondre à plusieurs courriels, souvent pour rassurer leurs étudiants inquiets et anxieux. 

« Les premières semaines, c’était 35-40 [courriels] par jour. Juste les ouvrir, prendre connaissance du message et répondre, même si ce n’est pas quelque chose de compliqué, c’est une heure ou deux qui passent. Pendant ce temps-là, la correction et la préparation de cours ne se font pas », explique Éric Kirouac, prof au département de psychologie au cégep Garneau, à Québec. 

La FNEEQ croit qu’il faudrait diminuer la taille des groupes ou encore affecter des profs en situation précaire à l’encadrement des jeunes, pour permettre aux enseignants de respirer. 

« Les conditions d’enseignement vont avec les conditions d’apprentissage », poursuit M. de Repentigny. 

Ils s’endorment devant l’ordi

Enseignante depuis plus de 20 ans, Geneviève Moreau a quant à elle préféré offrir ses cours seulement à distance pour éviter de soumettre ses étudiants à de nouveaux changements si un reconfinement devait avoir lieu. 

Bien que ces cours soient plus pratiques dans le contexte, la professeure de biologie au cégep du Vieux Montréal s’ennuie de ses cours en classe. 

Si elle fait des pieds et des mains devant son ordinateur portable pour garder la concentration de ses étudiants, ces derniers sont très peu réactifs pendant les cours derrière leur caméra éteinte et leur micro fermé. 

« Ça draine énormément de jus d’enseigner à un portable. [...] La réactivité et le dynamisme ne sont pas vraiment là. Ce n’est pas motivant, explique-t-elle. Il y a des étudiants qui s’endorment devant leur ordinateur parce qu’ils ont des cours de 8 à 18 h. »