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Fermeture décriée d’un centre de désintoxication à Lachute

Stéphane Sinclair | Agence QMI

Le Pavillon Hamford à Lachute va fermer ses portes le 30 septembre prochain.

Photo AGENCE QMI, MAXIME LABELLE

Le Pavillon Hamford à Lachute va fermer ses portes le 30 septembre prochain.

Des toxicomanes et des alcooliques dénoncent la fermeture prochaine de leur centre de désintoxication de Lachute, dans les Laurentides, alors que les ressources se font rares et les besoins criants en raison de la pandémie.

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«Je viens de commencer à m’aimer grâce à eux. Je ne me suis jamais aimé de toute ma vie. Je prenais du speed pour bien me sentir. Le pavillon est en train de me sauver la vie et le gouvernement a décidé de fermer le pavillon», a dénoncé Jimmy Vachon, 31 ans.

M. Vachon est suivi par le Pavillon Hamford de Lachute depuis plus de deux ans. Le mécanicien a fait quatre tentatives de suicide, quatre surdoses et un coma éthylique.

«Je n’ai pas vraiment de famille. Ma famille est ici et je vais la perdre», a dénoncé l’homme, qui consomme depuis l’âge de 17 ans. Il avoue avoir très peur de rechuter en perdant cette ressource.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides a décidé de ne pas renouveler la licence du Pavillon Hamford de Lachute à la suite de certains avis de non-conformité.

Le pavillon accueille habituellement 58 résidents, mais en raison de la pandémie et de la fermeture du centre, il n’en reste que 31. Les résidents y pratiquent dans le jour des ateliers pour déterminer les véritables problèmes qui les mènent à consommer et le soir ils pratiquent les 12 étapes comme dans les rassemblements des Alcooliques anonymes.

Le CISSS des Laurentides reproche au centre des problèmes d’hygiène et de salubrité ainsi que de sécurité incendie. Il reproche aussi au centre d’avoir des problèmes de punaises de lit et de nombreux écarts à ses propres règlements.

«De fait, le Pavillon Hamford s’adonne à des pratiques ou tolère des situations susceptibles de compromettre la santé ou la sécurité des personnes à qui il fournit des services», a expliqué Bianca Desrosiers, agente d’information au CISSS des Laurentides.

Une situation que nie le directeur du Pavillon Hamford. «Nous avons apporté la presque totalité des correctifs demandés. Cependant, la pandémie a causé des ralentissements. Les pompiers viennent de venir faire l’exercice d’évacuation. Ils sont venus quatre jours après la décision finale», a expliqué Yannick Benoit, directeur du Pavillon depuis 2013.

Des toxicomanes et des alcooliques étaient en train de diner mardi midi lors du passage du Journal au centre de désintoxication Hamford à Lachute.

Photo AGENCE QMI, MAXIME LABELLE

Des toxicomanes et des alcooliques étaient en train de diner mardi midi lors du passage du Journal au centre de désintoxication Hamford à Lachute.

Un travailleur social des Laurentides estime que le temps est très mal choisi.

«Les toxicomanes et les alcooliques manquent de ressources et c’est encore plus vrai depuis la pandémie. Il y a de nombreuses rechutes et de nombreux nouveaux cas et ces gens ont besoin d’aide», a dit Pierre Ouellette, clinicien à la clinique l’Intervenant de Saint-Eustache.

Ce dernier explique que le lien de confiance entre l’intervenant et le «patient» est l’élément le plus important dans la réhabilitation. «C’est clair qu’ils vont devoir refaire une partie du travail», a déploré M. Ouellette.

Le CISSS des Laurentides a fait savoir à l’Agence QMI par courriel que le centre devra fermer ses portes le 30 septembre prochain et que les patients seront acheminés vers d’autres ressources.

«Je suis anxieux. Je ne comprends pas. Il ferme une ressource importante. Ce n’est pas logique. On est très bien ici», a indiqué Ernest Toussaint, 31 ans. L’ex-consommateur de crack estime que le centre est très bien géré.

«Je suis déçue et très anxieuse. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi le gouvernement va fermer ce centre. On est très bien ici. Je suis très déçue», a dit pour sa part Vanessa Witney-Bédard, une ex-consommatrice de GHB. La mère de famille de trois jeunes enfants âgés de 5, 6 et 7 ans voyait enfin une lueur d’espoir dans sa vie à 28 ans.