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Près de 200 000 morts de la pandémie aux États-Unis

Agence France-Presse

Le bilan officiel de la pandémie de COVID-19 devrait atteindre 200 000 morts lundi aux États-Unis, pays le plus durement frappé au monde et où le coronavirus tue actuellement quatre fois plus proportionnellement qu’en Europe.

Selon l’université Johns Hopkins, 199 517 habitants des États-Unis sont morts du coronavirus sur 6,8 millions de cas recensés, devant l’Union européenne (144 000 morts), le Brésil et l’Inde. La Chine, berceau de la pandémie, a officiellement moins de 5000 morts. Les États-Unis enregistrent encore chaque jour presque un millier de décès ce qui, rapporté à la population, est le quadruple du taux de mortalité européen, selon Our World in Data.

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À six semaines de l’élection présidentielle du 3 novembre, ce millier de morts quotidiens est, pour le candidat démocrate Joe Biden, le symbole de l’incompétence du président Donald Trump face à la plus grande épreuve de son mandat.

« La responsabilité première d’un président est de protéger les Américains. Mais il ne le fera pas. C’est absolument disqualifiant », a lancé mercredi dernier Joe Biden.

Donald Trump attend, lui, un vaccin pour tourner la page de la pandémie. Il l’espère pour octobre, juste avant l’élection, et les préparatifs logistiques sont lancés pour distribuer les doses des vaccins dès que les essais cliniques en cours produiront des résultats concluants. Seul un fabricant américain, Pfizer, croit qu’octobre est possible, mais cela ne concernera pas la majorité des Américains avant avril 2021, selon le président, voire mi-2021, selon de hauts responsables.

Mais parier sur les vaccins n’est pas une stratégie à court et moyen terme, répètent les experts. Faute de tests généralisés, d’un meilleur traçage des cas contacts et d’une vraie discipline dans les gestes barrières, des centaines de milliers d’Américains pourraient encore mourir d’ici au retour à la normale tant désiré par le président.

Il faut « une approche préventive de dépistage pour tester les gens asymptomatiques, ainsi que ceux qui courent le plus de risques en raison de leur emploi ou de leur environnement », dit à l’AFP Thomas Tsai, épidémiologiste à Harvard.

« La COVID sera la troisième cause de mortalité cette année aux États-Unis », a déploré Tom Frieden, qui dirigeait les Centres de lutte contre les maladies (CDC) sous Barack Obama. « Le bilan stupéfiant du virus témoigne de l’échec de la réponse nationale, mais il n’est pas trop tard pour inverser la tendance ».

Série d’erreurs

« Nous avons passé les 200 000 en juillet environ », souligne d’ailleurs Eric Topol, directeur du Scripps Research Institute, citant les chiffres de la surmortalité observée. Le manque initial de tests a conduit à sous-estimer le bilan du virus, ce qui s’est depuis amélioré.

« Nous sommes l’exception, nous n’étions pas prêts, nous n’avions pas assez de tests et nous n’apprenons pas de nos erreurs », ajoute le médecin pour expliquer pourquoi le virus tue plus qu’en Europe, malgré l’amélioration nette des traitements à l’hôpital.

Première erreur, selon lui: contrairement à l’Europe, les États-Unis n’ont pas attendu d’avoir ramené l’épidémie à une très faible incidence avant de déconfiner, en mai et juin, encouragés par un Donald Trump sourd aux avertissements de ses experts.

« On a tout rouvert et on fait comme si tout allait bien », dit-il.

La vie quotidienne reste certes perturbée. Dans de nombreuses villes, les écoles ont fait leur rentrée en virtuel, les restaurants et bars restent fermés en intérieur, et le port du masque s’est généralisé. 

Mais des foyers continuent d’éclater dans une large partie du territoire, notamment dans le Midwest, par exemple sur des campus universitaires.

Cette erreur s’est construite sur une faute originelle: Donald Trump a laissé --abdiqué, disent les critiques-- aux 50 gouverneurs des États la responsabilité de la mobilisation sanitaire, allant des décisions de déconfinement aux critères dé réouverture des écoles.

« Nous avons eu ce patchwork dingue de réponses dans le pays qui a créé une confusion totale », dit William Schaffner, de l’université Vanderbilt, à l’AFP. « Nous aurions dû et pu avoir une réponse unifiée, cohérente, forte et nationale ».

Le système sanitaire sera particulièrement mis à l’épreuve à l’automne et l’hiver, avec la grippe saisonnière. Par crainte d’une double épidémie, les autorités ont commandé un nombre record de vaccins antigrippaux.