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Reconfiner Dieu

Antoine Robitaille | Agence QMI

Ce n'est pas parce que du vin est bu dans les églises qu'il faut les assimiler à des bars!

Telle est la «citation rêvée» qui pourrait résumer, avec un sourire, le cri du cœur lancé hier par les leaders religieux du Québec contre les décisions du gouvernement dans sa lutte contre la COVID-19.

Dans ses communications, le ministère de la Santé met en effet dans le même sac les «activités dans les lieux de culte et dans les salles où est permis la vente ou le service de boissons alcooliques pour consommation sur place». Les religieux qualifient ce classement d'«injustifié et faux» car ainsi, ces lieux devront se limiter à recevoir 25 ou 50 personnes.

Aux yeux des leaders religieux, il s'agit d'une «injustice». S'ils étaient assimilés à des cinémas et à des salles de spectacle, ils pourraient en accueillir jusqu'à 250, font-ils valoir.

Épitres ignorées 

Les religieux ne s'expriment pas en paraboles. Leur porte-parole, le Cardinal Cyprien Lacroix, déplore franchement le «manque de dialogue» du gouvernement Legault. Il parle d'innombrables «lettres qui n’ont pas même reçu d’accusé de réception», d'appels téléphoniques et courriels «sans réponse».

Les chefs religieux vont presque jusqu'à accuser le laïcisme ambiant au Québec en soulignant ceci: «Dans les provinces voisines, les autorités gouvernementales sont en contact direct et constant avec les leaders religieux, il n’y a aucune communication du même genre au Québec.»

J'ignore si le parti pris du gouvernement Legault pour la laïcité explique cela. Mais si le gouvernement et la Santé publique avaient eu une liste plus précise des conséquences du passage du code jaune au orange, et s'ils l'avaient appliquée au lieu de multiplier les compromis et exceptions aux apparences politiques, de telles sorties n'existeraient assurément pas.

Application arbitraire? 

Prenons les salles d'entrainement: on avait compris vendredi qu'en zone orange, elles fermeraient leurs portes. Mais non, dimanche, le gouvernement, avec son application «flexible» des codes de couleur, a décidé de les laisser ouvertes.

Alors pourquoi ne pas faire le même type de compromis avec les lieux de cultes? s'interrogent légitimement les religieux.

Églises, synagogues et mosquées ne sont-elles pas des gyms de l'âme? «En ces temps troublés, des milliers de Québécoises et de Québécois trouvent dans la pratique de leur religion un réconfort et une source de résilience qui bénéficie à l’ensemble de la population», font-ils valoir.

Certes. Mais il y a aussi des franges fondamentalistes, qui en viennent à nier les prescriptions des scientifiques.

Aux États-Unis, le virus a fait délirer bien des télévangélistes, dont un qui promettaient de protéger ses fidèles par écran cathodique interposé. Ailleurs, c'était des chrétiens intégristes, refusant toute mesure de protection, qui affirmaient être protégés par le «sang du christ».

Les décisions du gouvernement ont des allures arbitraires, il faut l'admettre. Mais alors que la deuxième vague arrive, les religieux devraient accepter de poursuivre leur «recherche de sens» à 25 ou 50, ou derrière un écran. En luttant aussi contre ceux qui, parmi eux, refusent d'accepter les recommandations de la Santé publique.