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Les policiers n’entreront pas chez les citoyens sans mandat

Marc-André Gagnon | Journal de Québec

« Il n'est absolument pas question » de permettre aux policiers d’entrer dans les maisons privées sans mandat, du moins « pour l’instant », a assuré la vice-première ministre Geneviève Guilbault, en tentant de corriger le message lancé la veille par Horacio Arruda et Christian Dubé quant au respect des règles sanitaires. 

« Je veux m'assurer que tout le monde comprend bien qu'on n'envisage pas du tout de permettre à nos policiers [...] d'assiéger nos maisons du jour au lendemain, indépendamment des droits des propriétaires ou des locataires », a martelé la ministre de la Sécurité publique. 

« En aucun cas, nous n'envisageons, en ce moment, de permettre aux policiers d'entrer dans les maisons privées des gens, à moins d'avoir le consentement du propriétaire ou du locataire de l'endroit ou d'avoir un mandat en bonne et due forme délivré, donc, par les instances judiciaires », a-t-elle insisté. 

Un faux pas communicationnel?     

Lors d’un point de presse, mardi, le directeur national de santé publique s’était pourtant avancé à dire que cette solution s’en venait « imminemment ». 

« Dans un contexte d’urgence sanitaire où on parle de vie et mort pour certains [...] je pense qu’il faut se donner les moyens de sévir », a-t-il affirmé, avant de retirer ses propos un peu plus tard, en rappelant qu’il est médecin et pas avocat. 

Présent à ses côtés, le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait à son tour renchéri quant à cette éventualité. 

« C’est la dernière solution et on ne veut pas faire ça, mais si on est obligés d’aller là, si les chiffres ne se corrigent pas [...] on ne laissera pas notre système de santé se faire mettre à mal encore pour les mauvaises raisons », avait indiqué M. Dubé.

Rappelant qu’il « n’existe pas de manuel » pour gérer une pandémie, la vice-première ministre a avoué d’emblée, mercredi, qu’il devient parfois nécessaire de procéder à « des ajustements ans le message ». 

Les oppositions bondissent     

Les déclarations de MM. Dubé et Arruda ont fait bondir les partis d’opposition, qui tour à tour, ont déploré la confusion qui en résulte. 

« Avant d'envoyer la police chez des gens sans mandat, il va falloir que le gouvernement fasse une démonstration que c'est le dernier des recours », a prévenu la cheffe libérale Dominique Anglade. 

De son côté. Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé s’est engagé fermement à combattre tout règlement ou législation qui permettrait aux policiers « de faire des coups de force dans les résidences des Québécois et des Québécoises ». Une telle perspective serait autrement « effrayante pour notre démocratie », s'est-il inquiété. 

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a signalé le « danger d’abus » qu’un tel pouvoir accordé aux policiers pourrait engendrer. 

Une motion présentée par le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, visant à demander au gouvernement d’exclure cette possibilité a plus tard été adoptée par l’Assemblée nationale.