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La justice russe saisit des avoirs de Navalny

Agence France-Presse

Des huissiers russes ont gelé des comptes et une partie de l'appartement de l'opposant Alexeï Navalny lorsqu'il était dans le coma après un malaise fin août, victime selon trois laboratoires européens d'un empoisonnement à un agent neurotoxique.

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Dans une vidéo, la porte-parole de l'opposant Kira Iarmych a indiqué que la justice russe avait gelé le 27 août la part détenue par M. Navalny de son appartement à Moscou, par conséquent ce logement ne «peut plus être vendu, donné ou hypothéqué».

Elle a ajouté que des comptes de l'opposant avaient également été gelés.

Contactée par l'AFP, Mme Iarmych a affirmé que l'opposant, actuellement en Allemagne après avoir été hospitalisé à Berlin, pourrait néanmoins «continuer à vivre» dans cet appartement dans l'immédiat, s'il revenait en Russie.

Militant anti-corruption et critique féroce du Kremlin, Alexeï Navalny est tombé gravement malade le 20 août à bord d'un avion en Sibérie.

Trois laboratoires européens ont conclu à son empoisonnement avec un agent neurotoxique de type Novitchok, conçu à des fins militaires à l'époque soviétique. Des accusations rejetées par Moscou.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a condamné jeudi des demandes internationales «arrogantes» exigeant de Moscou, selon lui, «une sorte de repentance» dans cette affaire.

L'opposant est sorti mardi de l'hôpital de la Charité de Berlin où il était soigné depuis un mois. Il reste dans l'immédiat en Allemagne pour la suite de sa convalescence.

Le Kremlin a affirmé qu'il était «libre» de rentrer en Russie.

 Sur sa chaîne Telegram, la politologue Tatiana Stanovaïa a elle estimé que ces nouvelles décisions de justice pouvaient viser à le dissuader de rentrer en Russie.

Selon la porte-parole de l'opposant, elles sont avant tout liées à un contentieux opposant un homme d'affaires sulfureux, réputé proche du Kremlin, Evgueni Prigojine, à M. Navalny et l'une de ses alliées, Lioubov Sobol.

En octobre, les deux militants et leur organisation anti-corruption avaient été condamnés à payer près de 88 millions de roubles (978 000 euros au taux actuel) à une entreprise de restauration scolaire, Moskovski Chkolnik.

L'entreprise avait poursuivi en diffamation M. Navalny et son organisation pour la publication d'une enquête affirmant que cette société avait servi de la nourriture dangereuse pour la santé des écoliers.

M. Navalny et son équipe ciblent dans leurs enquêtes la corruption des élites russes, engrangent des millions de vues sur les réseaux sociaux.

Surnommé le «cuisinier de Poutine», Evgueni Prigojine a dit en août avoir dédommagé cette société, avec laquelle il a collaboré, et compte désormais se faire rembourser auprès des opposants.

Réagissant aux gels des biens de M. Navalny, Evgueni Prigojine a soutenu jeudi que l'opposant «doit de l'argent à tout le monde» et qu'il était «en cavale en Allemagne.»

«Je peux lui proposer de dormir pour pas cher devant ma porte», a ajouté l'homme d'affaires, cité dans un message de sa société, Concord, publié sur le réseau social russe VKontakte.

Le 26 août, Evgueni Prigojine avait déjà indiqué dans un communiqué qu'il allait «ruiner» Alexeï Navalny, si celui-ci survivait, et ses soutiens qu'il avait qualifiés de «gens sans scrupules».

Fin août, l'opposante Lioubov Sobol avait annoncé avoir été subitement débitée de 34 millions de roubles (377 000 euros au taux actuel) dans le cadre de ce litige.

En mars, M. Prigojine avait déjà réclamé 50 milliards de dollars de compensation aux États-Unis après avoir été sanctionné par Washington pour son rôle dans l'ingérence de Moscou dans la présidentielle américaine de 2016.

Il est aussi accusé - ce qu'il nie - d'être lié au groupe Wagner, dont les hommes serviraient notamment en Syrie, en Libye et dans plusieurs pays d'Afrique.