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Crise des CHSLD: un exemple «criant» d’une machine bureaucratique immobilisée

Charles Lecavalier | Journal de Québec

Les lacunes majeures et bien connues dans les CHSLD, qui ont mené à la catastrophe de la COVID-19 au printemps, sont l’exemple «criant» d’une machine bureaucratique immobilisée, déplore la protectrice du citoyen. 

«Les drames vécus dans les CHSLD dès le début de la pandémie de la COVID-19 en sont un exemple criant. Qui ignorait le manque de personnel et la vétusté des lieux. Ces lacunes avaient déjà été dénoncées à maintes reprises par le Protecteur du citoyen. Or, les correctifs nécessaires n’ont pas été apportés», écrit la protectrice Marie Rinfret dans son rapport annuel.  

Depuis, des milliers d’aînés sont morts après avoir attrapé la COVID. Le gouvernement a annoncé des hausses de salaire, et embauché davantage de préposés. Mais la situation criante qui prévalait dans les CHSLD était connue. La protectrice notait qu’il manque «cruellement de préposés dans l’ensemble du Québec et dans tous les types de ressources ; résidences privées, ressources intermédiaires, CHSLD publics et CHSLD privés». 

«Des témoignages ciblent, par exemple, des endroits où des usagers sont levés du lit vers midi, faute de personnel disponible pour leur porter assistance plus tôt en matinée», écrit-elle. Plusieurs familles se sont plaintes du «manque d’humanité» du réseau public.  

Mme Rinfret souligne que plusieurs de ses recommandations dans les CHSLD ont été ignorées depuis des années, et ce, «dans l’indifférence générale».  

Mais les flèches de la protectrice ne sont pas lancées qu’au ministère de la Santé. Le document «comporte de nombreux exemples de situations où les voix s’élèvent, les analyses sont faites et les améliorations sont ciblées. Par la suite, le temps passe et rien ne bouge».  

En vrac, des exemples:   

- Ministère de la Santé: Des enfants qui débutent l’école n’ont plus droit aux services de réadaptation en déficience du langage dont ils bénéficiaient de la part du réseau de la santé. Le réseau de l’éducation ne prend que partiellement la relève;   

- Ministère de l’Éducation: Dans un rapport spécial date de 2017, Le Protecteur a souligné les lacunes du mécanisme de traitement des plaintes en milieu scolaire. Le ministère devait déposer un projet de loi. Aucun suivi n’a été effectué;   

- Ministère de l’Immigration: Malgré les échecs, le ministère n’a pas modifié ses façons de faire pour recevoir les demandes de parrainage de personnes réfugiées. Sans grandes surprises, des débordements semblables à eux de septembre 2018 sont survenus.      

Coup de chapeau pour le personnel dévoué des CHSLD   

Dans son rapport, la protectrice du citoyen a tenu à saluer le «grand dévouement» et le travail «colossal» des membres du personnel soignant dans les CHSLD.  

«Lors de ses enquêtes, le Protecteur observe régulièrement que le personnel multiplie les efforts pour pallier le manque de ressources humaines et matérielles, répondre aux besoins des résidents et assurer leur sécurité.», souligne Mme Rinfret. 

«Ces femmes et ces hommes s’investissent véritablement pour remplir le rôle exigeant qui est le leur. Ils méritent qu’on reconnaisse cette valeur de leur importante contribution». 

Mme Rinfret raconte dans son rapport l’histoire d’une employée modèle d’une résidence privée pour aînées. Une résidente s’agite lorsque sa culotte d’incontinence était souillée, et devient agressive à l’égard du personnel. «Seule une préposée parvenant toujours à la calmer en faisant entendre à la dame de la musique qu’elle appréciait ou en lui confiant une poupée. C’était ses astuces pour apaiser l’usagère [... et lui fournir des soins».   

La protectrice salue «la patience, l’humanité et la compétence» des travailleurs qui soignent nos personnes âgées.