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Le juge écarte la version du pasteur

Antoine Lacroix | Journal de Montréal

Le pasteur Mario Monette et son épouse Carole Van Houtte, photographiés la semaine dernière au palais de justice de Longueuil, n’ont pas été crus mercredi par le juge.

Photo d’archives, Chantal Poirier

Le pasteur Mario Monette et son épouse Carole Van Houtte, photographiés la semaine dernière au palais de justice de Longueuil, n’ont pas été crus mercredi par le juge.

La version « minimisée » des sévices commis sur leurs enfants par un pasteur de la Rive-Sud de Montréal et son épouse a été écartée du revers de la main par un juge, qui a déploré leur « acharnement » et leur « absence de responsabilisation et d’introspection ».

« Le degré de responsabilité des accusés est entier, a tranché mercredi le juge Marc-Antoine Carette, au palais de justice de Longueuil. Le tribunal tient compte des séquelles psychologiques importantes reliées aux abus physiques vécus par les victimes. »

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Les enfants qui ont porté plainte contre Mario Monette et Carole Van Houtte ont poussé un énorme soupir de soulagement en entendant le magistrat rendre sa décision, dans laquelle il devait indiquer quelle version des faits était retenue.

Le couple avait plaidé coupable la semaine dernière à une série d’accusations de voies de fait armées sur leurs huit enfants, de séquestration et de menaces de mort ou de causer des lésions, prétendant qu’il s’agissait d’une méthode éducative.

Le juge a énuméré de nombreux facteurs aggravants en défaveur du couple accusé sur lesquels il va se baser pour rendre sa sentence, mais il n’a pas élaboré sur les motifs venant appuyer son verdict partiel. 

« Fréquence quasi quotidienne »

Le magistrat a mis de l’avant la longue période infractionnelle allant des années 1980 à 2004, ainsi que le nombre important de victimes et leur âge au moment des faits, soit des corrections sévères subies de l’âge de 3 ans jusqu’à l’adolescence.

« [Je retiens] la fréquence quasi quotidienne des abus physiques, ainsi que la force utilisée lors des corrections physiques était déraisonnable, a indiqué le juge Carette. Le tribunal tient compte du nombre important de coups portés ainsi que l’utilisation de bâtons et de la ceinture. »

Il a aussi abordé « l’acharnement » du couple, notamment avec l’existence d’une règle selon laquelle ils recommençaient le châtiment sur un enfant qui gigotait trop en se faisant taper. 

Ils minimisent

« Le tribunal tient compte du fait que les accusés aient minimisé leur participation au crime en raison de l’​absence de responsabilisation et d’introspection », a souligné le juge Carette.

C’est ce qu’avait plaidé plus tôt dans la journée la procureur de la Couronne au dossier, Me Julie Laborde. 

« Vous avez deux individus qui minimisent non seulement la portée de gestes, mais aussi la nature, l’ampleur, la gravité. Ils ne la comprennent pas, car ils sont moralement convaincus d’avoir fait le bien, parce que c’est biblique », a-t-elle affirmé dans sa plaidoirie.

Me Laborde s’est dite « satisfaite » que le juge ait cru les victimes et ait retenu l’ensemble de la preuve qu’elle a présenté.

« Débordements »

Les avocats de la défense, Katherine Labelle et Mathieu Poissant, ont mis de l’avant que les accusés avaient reconnu leur culpabilité pour avoir parfois « dépassé les limites », mais que ce n’était pas toujours le cas. 

« Il y a eu des débordements par moment et c’est pour ça qu’ils ont plaidé coupables, a souligné Me Labelle. L’idée derrière la correction était une méthode éducative pour corriger les comportements. [...] Le but était de pincer, mais pas de faire mal. »


Mario Monette et Carole Van Houtte vont revenir devant le tribunal à la fin novembre. Un rapport psychologique les concernant sera présenté et débattu. C’est aussi à ce moment qu’auront lieu les plaidoiries pour la peine à leur infliger.