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Vive le dépistage, quand on y survit !

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Connaissez-vous la Loi de Murphy ?

L’adage développé par un ingénieur aérospatial américain veut que tout ce qui peut mal aller, va mal aller.

C’est donc sans surprise que c’est trente minutes avant le Discours du Trône tant attendu du gouvernement Trudeau que mon téléphone a sonné.

Le numéro qui sème la terreur dans l’esprit des parents ces jours-ci : celui de l’école !

« Madame, votre fille a mal à la tête, c’est un symptôme de la Covid, il faut venir la chercher. » 

Heureusement, papa a pu prendre la relève.

Ce fut le dernier répit que ce qui allait se révéler un véritable parcours du combattant.

La course au rendez-vous

Entre deux directs, je me lance follement à la recherche d’un site de dépistage. Impossible.

À 20h25 donc, j’étais bien en ligne sur le site de réservation de rendez-vous pour les enfants. Mon mari aussi. À chacun son ordinateur pour maximiser les chances.

Furieusement nous rafraichissions la page, dans l’espoir de gagner la loterie. Ah ! Nous l’avons presque eue. Trois fois on nous a promis un rendez-vous, mais jamais le site de réservation ne nous a permis de conclure la transaction. 

Cinq mille personnes tentaient la même manœuvre à 20h30 précises. Le site n’a jamais tenu le coup.

J’ai envisagé prendre l’auto et aller faire dépister toute la famille dans une bourgade éloignée d’Ottawa. Mais voyez-vous, tout le monde a la même idée. Ces centres aussi sont débordés.

Et je vous prédis que ce ne sera pas long avant que les résidents de la Montérégie affluent vers les centres de dépistage des Laurentides pour éviter le cauchemar de la file d’attente sans rendez-vous.

Comme dans le bon vieux temps

Il restait donc l’inévitable.

J’allais devoir faire comme tous ces Québécois qui défraient nos manchettes depuis 10 jours, me lever aux aurores.

Mais j’étais prête. Café, couverture, chaise de camping, à 5:45, j’étais en ligne. Le reste de la petite famille viendrait me rejoindre plus tard. J’ai même apporté mon livre pour passer le temps : Les Frères Karamazov de Dostoïevski, juste pour être certaine de ne pas manquer de lecture.

Vous me trouvez zélée ? J’étais loin d’être la première, une vingtaine d’autres familles étaient déjà au poste.

L’ambiance était assez bon enfant. Parents cernés, endormis, nous partagions nous souvenirs de jeunesse alors que nous étions assez fous pour nous lever aux aurores dans l’espoir d’avoir un billet pour le dernier concert de U2 ou Guns N' Roses.

C’était le bon temps. À 20 ans, on faisait la fête, maintenant, on fait la file comme en URSS pour faire notre devoir citoyen de dépistage au moindre minuscule symptôme.

À 6h, la file s’étirait toute la longueur d’un terrain de football. À 6h45 elle avait doublé. À 7h30, elle avait triplé.

Un matin ensoleillé de septembre, ça s’endure, mais on va faire quoi sous la pluie de novembre, et dans le froid de l’hiver ?

Cette question, nous gouvernements se la posent. Ont-ils mal préparé l’offensive de dépistage automnale ? 

Ce qu’ils n’ont certainement pas prévu, c’est comment notre perspective a changé. En avril, personne ne rouspétait à l’idée d’attendre 2,3,4 jours avant de se faire tester. Confinés, nous l’étions tous, avec rien d’autre à faire.

Or en pleine reprise d’une « certaine normalité », attendre des jours pour avoir un rendez-vous, ou des heures dans une file d’attente, ce sont des journées d’école manquées, des heures de travail non payées pour de trop nombreux parents.

La patience envers un système de dépistage débordé s’est dissipée au rythme que le déconfinement s’est opéré. 

L’impatience prévisible s’amplifie au rythme de la hausse des cas et de la vigilance accrue qui est exigée de tous.

Le grand dilemme

L’engorgement dont on a été témoin dans les derniers jours soulève néanmoins un débat important. 

Qui doit-on tester ? En Ontario, le gouvernement fait le pari de prioriser les personnes affichant des symptômes, le temps que le système se stabilise.

Plusieurs reprochent aussi aux écoles d’être trop sévères. Faut-il vraiment garder à la maison ou dépister un enfant qui a un mal de tête ou un nez qui coule ?

On ne peut pas à la fois exiger du système scolaire une vigilance maximale pour minimiser la contagion et la tolérance de l’ère pré-COVID.

Patience et tolérance sont peut-être le prix à payer pour éviter un nouveau confinement en pleine 2e vague. 

Finalement, mon zèle maternel a été récompensé lorsqu’une infirmière s’est approchée pour m’offrir un rendez-vous pour toute la famille à 13h.

Je sautais de joie, jusqu’à ce que je remarque la note au bas du coupon : prévoir une attente de 90 minutes à votre arrivée!