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Dépister la COVID-19 dans les eaux usées

Nora T. Lamontagne | Le Journal de Montréal

Le professeur Peter Vanrolleghem, du Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval, étudie les eaux usées de la ville de Québec à la recherche d’une trace de coronavirus dans son laboratoire.

Photo courtoisie, Marc Robitaille

Le professeur Peter Vanrolleghem, du Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval, étudie les eaux usées de la ville de Québec à la recherche d’une trace de coronavirus dans son laboratoire.

Détecter les porteurs asymptomatiques du coronavirus avant qu’ils ne se fassent dépister ? Ce serait possible grâce à l’analyse des eaux usées, si seulement les autorités s’y intéressaient, pensent des chercheurs québécois. 

La méthode est simple : on prélève un échantillon à l’entrée d’une station d’épuration qui sert ensuite à mesurer la présence du coronavirus sur le territoire desservi.

« Dès qu’une personne sur 10 000 est infectée, on est capables de le voir », résume Peter Vanrolleghem, professeur au Département de génie civil et de génie des eaux de l’Université Laval. 

Mais surtout, cette analyse tient compte des asymptomatiques, qui rejettent aussi des particules de virus dans les égouts via leur urine et leurs selles. 

Près de la réalité

Elle produit donc un portrait plus juste de la propagation de la COVID-19 et peut servir à identifier des hausses de cas dans certains secteurs avant que ce ne soit la cohue dans les cliniques de dépistage.

« On peut facilement analyser une partie de la population sans faire d’analyse individuelle. Avec deux échantillons, on peut savoir ce qui se passe dans la ville de Québec », affirme le scientifique. 

Son congélateur est d’ailleurs rempli d’eaux usées qui datent des jours suivant la soirée de karaoké au bar Kirouac, à l’origine de 72 cas. Leur analyse prochaine devrait refléter cette éclosion.

De son côté, la professeure à Polytechnique Montréal Sarah Dorner accumule les échantillons de la principale station d’épuration de Montréal depuis la fin février pour les comparer avec d’autres indicateurs de la progression de la pandémie. 

L’analyse des eaux usées ne vise pas à remplacer le dépistage, mais plutôt à le bonifier, précise-t-elle. 

« Ça pourrait faire partie du tableau de bord de la Santé publique. »

En complément

À l’aube d’une deuxième vague, la prévalence du virus dans les égouts pourrait informer la stratégie de dépistage de la Santé publique ou encore l’aider à déterminer le moment opportun pour passer d’un palier d’alerte à l’autre, affirme M. Vanrolleghem.

Or, en ce début de deuxième vague, ni le ministère de la Santé et des Services sociaux ni l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ne l’utilisent pour orienter leurs décisions, nous ont-ils confirmé. 

L’obtention de financement gouvernemental pour des projets de recherche a aussi été difficile, reconnaissent les deux chercheurs. 

Peter Vanrolleghem s’explique mal le peu d’intérêt que ce type d’étude suscite au Québec, alors que des pays comme l’Australie, les Pays-Bas ou le Brésil l’ont déjà adopté.