/news/culture

Gabrielle Destroismaisons: «Notre famille n’était pas riche, mais pleine d’amour»

Michèle Lemieux | Agence QMI

Journal de Québec

Durant son enfance, Gabrielle Destroismaisons n’a manqué de rien, mais ses parents ont dû avoir recours aux organismes de soutien afin de boucler les fins de mois. Avec le recul, la chanteuse constate que sa jeunesse a été particulièrement riche. Aînée d’une fratrie de six enfants, l’artiste s’est inspirée de son vécu pour nous présenter sa nouvelle chanson, «Les souliers gris», un bel hommage à sa famille.

Gabrielle, vous avez écrit une chanson que vous venez de nous présenter. Quelle est son histoire?

Elle parle de mon enfance. J’ai grandi à la campagne, à Saint-Lin-Laurentides. Je viens d’une famille nombreuse. Même si ce n’est pas toujours le cas, ça implique souvent des difficultés financières. Disons que notre famille n’était pas riche. Ce n’était pas toujours facile et, durant ma jeunesse, nous avons eu de l’aide alimentaire et vestimentaire. Le Service d’entraide Saint-Lin- Laurentides nous a beaucoup aidés, ma famille et moi. Je sais qu’ils aident encore plein de gens dans le besoin. À mon âge, je peux leur être reconnaissante, mais quand j’étais jeune, j’avais du mal à accepter de devoir compter sur le Centre d’entraide...

Aviez-vous honte?

Oui, j’avais honte. Parfois même, je refusais d’y entrer. Ma petite sœur Julie m’a dit un jour qu’elle avait le même sentiment: elle voulait rester dans la voiture. La honte du manque, c’est difficile pour un enfant. Je me comparais à mes amies à l’école, je comparais nos habillements. Moi, je portais rarement des vêtements neufs. Ça aussi, c’est difficile pour un enfant... Avec la chanson que j’ai écrite, j’espère mettre un baume sur le cœur de ceux qui vivent cette situation. Beaucoup de familles au Québec ont de la difficulté. Le manque peut être de courte durée, mais parfois il s’éternise.

Que raconte votre chanson?

La femme d’aujourd’hui parle à la petite Gabrielle pour lui dire que c’est correct qu’elle n’ait pas eu les souliers qu’elle voulait. Elle voulait les roses, mais on lui a donné les gris parce qu’on ne pouvait pas lui offrir ceux qu’elle préférait. Je me souviens de sœur Rolande, qui avait appelé ma mère pour lui dire qu’elle avait des souliers pour sa fille pour l’école. Moi, je ne les voulais pas. Je ne les trouvais pas beaux!

Depuis, vous en êtes venue à mettre les choses en perspective...

Oui, j’ai pris le recul nécessaire pour pouvoir regarder cette période avec amour, compassion et gratitude. Notre famille n’était pas riche financièrement, mais pleine d’amour, avec de bonnes valeurs. Je remercie mes parents de nous avoir entourés d’amour. J’ai eu envie de leur dire merci, de même qu’à ceux qui nous ont aidés. Je n’ai pas reçu certaines choses, mais je me concentre sur ce que j’ai eu. Je me trouve bien chanceuse d’avoir eu cette enfance. Nous n’avons manqué de rien, car mes parents ont toujours demandé l’aide.

Comment vos parents ont-ils réagi en entendant la chanson?

Ma mère a été très touchée. Elle l’aime beaucoup. Je pense que ça la touche de voir le regard que je porte sur cette période et que ça lui permet de savoir qu’elle nous a bien élevés. Elle est très fière de moi, de ce que je deviens. Ma mère a toujours voulu vivre à la campagne et avoir plein d’enfants. Elle est très heureuse de la façon dont elle nous a élevés, car nous l’aimons beaucoup et nous sommes très démonstratifs envers elle. Ma mère n’a jamais vécu la honte que moi je ressentais lorsque j’étais petite. Au contraire! Elle se trouvait chanceuse d’avoir de l’aide. Elle n’avait pas de problème à frapper aux portes pour en demander. Elle a toujours participé à des cuisines collectives, à des mouvements de femmes qui cuisinaient ensemble.

C’est un beau modèle pour vous...

Oui, elle est humaine, elle ne juge pas les autres. J’ai eu la chance de voir ma carrière démarrer à 18 ans. J’ai fait des sous très tôt. J’en ai profité pour offrir des Noëls incroyables à mes frères et sœurs, je les ai gâtés. Je leur achetais des cadeaux. Souvent, j’arrivais à la maison avec des sacs d’épicerie. Je les emmenais manger des sushis à Montréal. J’ai partagé l’abondance et je leur ai forgé de beaux souvenirs. Ils étaient fiers de voir que leur sœur avait réussi dans le métier.

Où vous situez-vous au sein de la fratrie?

Je suis l’aînée de six enfants. J’ai cinq frères et sœurs nés des mêmes parents. J’ai 37 ans, et mon plus jeune frère en a 26. J’ai toujours remercié mes parents de m’avoir donné mes frères et sœurs. Le fait d’avoir grandi avec beaucoup d’enfants a forgé la personne que je suis aujourd’hui. J’aime les gens, j’aime être entourée.

Avez-vous été une inspiration pour eux?

Humblement, oui. Sans doute parce que je suis l’aînée, j’ai toujours voulu donner un bel exemple à mes frères et sœurs. Je voulais qu’ils sachent que tout était possible dans la vie. À 30 ans, je suis retournée à l’école pour terminer mon secondaire. 

C’est admirable...

 Merci. Je tenais à le faire. Cette décision a fait en sorte que mon petit frère Samuel et ma petite sœur Marie-Ève ont raccroché à leur tour et sont retournés à l’école pour terminer leur cinquième secondaire. Aujourd’hui, ils ont chacun un métier. Ça me donne un sentiment d’avoir accompli quelque chose à titre de grande sœur. Je suis vraiment fière d’eux. Ils sont heureux que je sorte une nouvelle chanson solo. Après 20 ans d’une carrière qui a démarré avec «Et cetera», je veux continuer à écrire afin de présenter un album. J’ai coproduit cette chanson. C’est une première, et j’en suis fière.

•Sa chanson «Les souliers gris» est offerte sur les plateformes de téléchargement. Les spectacles «Deux, les plus grands duos» et «Je reviens chez nous» sont reportés à 2021.