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Son fentanyl aurait tué au moins une personne aux États-Unis

Éric Thibault | Le Journal de Montréal

Un présumé trafiquant de Saint-Bruno-de-Montarville risque d’aller croupir dans une prison américaine pour le reste de ses jours parce qu’il aurait exporté du fentanyl qui a fait au moins un mort en Géorgie.

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Arden McCann a été identifié par les dirigeants des plus grandes agences policières des États-Unis comme l’une des principales prises d’une vaste enquête internationale, mardi, lors d’une conférence de presse à Washington.

Le Québécois de 32 ans fait partie des 179 trafiquants allégués d’opioïdes opérant sur le web invisible – aussi appelé « dark web » – qui ont été appréhendés dans sept pays depuis neuf mois au cours de l’opération Disruptor, pilotée par le Federal Bureau of Investigation (FBI) et la Drug Enforcement Administration (DEA).

« Cette opération démontre notre capacité à déjouer les criminels du web qui tentent de rester dans l’anonymat », a fait valoir le patron de la DEA, Timothy Shea, après avoir prononcé le nom de McCann et résumé ce qu’on lui reproche.

« Peu importe où vous vous cachez, nous irons vous chercher », a renchéri le directeur du FBI, Christopher Wray.

Le résident de la Rive-Sud de Montréal est inculpé d’avoir comploté l’exportation aux États-Unis de plus de 10 kilos de fentanyl, entre l’automne 2015 et l’hiver 2020. 

Une partie des opioïdes saisis par la police américaine.

Photo courtoisie, Drug Enforcement Administration

Une partie des opioïdes saisis par la police américaine.

C’est une quantité énorme puisqu’on peut succomber à une dose d’à peine 2 milligrammes de cet opioïde 40 fois plus puissant que l’héroïne. Le fentanyl fait 130 décès chaque jour aux États-Unis et en a causé plus de 2000 au Canada l’an passé.

« Docteur Xanax »...  

McCann aurait aussi exporté 300 000 comprimés contrefaits de Xanax, un anxiolytique. D’ailleurs, il s’identifiait comme « Dr Xanax » parmi ses pseudonymes sur le web invisible, selon l’acte d’accusation de 13 pages déposé contre lui l’été dernier.  

Arden McCann

Photo tirée de Facebook

Les autorités évaluent à 13 millions $ US (17 M$ CA) la quantité de substances illicites qu’il aurait d’abord importées de Chine avant d’en faire le trafic aux États-Unis.

Au moins deux consommateurs de drogue de l’État de la Géorgie – identifiés par des initiales dans l’acte d’accusation – auraient fait des surdoses du fentanyl relié au Québécois, dont l’un est décédé en décembre 2016 dans la région d’Atlanta.

Pareil crime est passible d’une peine d’incarcération variant entre un minimum de 20 ans jusqu’à perpétuité, aux États-Unis. 

La « mort grise »  

En plus du fentanyl et du Xanax, McCann aurait fait le trafic d’un opioïde synthétique appelé U-47700. Cette substance chimique aux effets analgésiques plus puissants que la morphine est parfois incorporée à un mélange d’héroïne et de fentanyl.

Les Américains surnomment ce cocktail « Grey Death », ou la « mort grise », qui fut à l’origine de la surdose fatale du chanteur vedette Prince, en 2016, au Minnesota.

Le jour même de la conférence de presse sur McCann, une autre Québécoise, Pascale Ferrier, était accusée aux États-Unis. Selon le FBI, elle aurait envoyé une lettre empoisonnée au président Donald Trump.

Arden McCann avait été arrêté l’hiver dernier par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui a participé à l’enquête. Il est toujours détenu à Montréal en attendant l’issue des procédures d’extradition intentées afin qu’il soit jugé à Atlanta.

https://www.tvanouvelles.ca/2020/09/25/son-fentanyl-aurait-tue-au-moins-une-personne-aux-etats-unis-1

Neuf Québécois épinglés en cinq ans chez nos voisins   

Arden McCann est devenu le neuvième Québécois en moins de cinq ans à tomber dans les griffes des policiers américains pour avoir transigé du fentanyl de l’autre côté de la frontière.

Jadis spécialisés presque uniquement dans l’exportation de pot « Québec Gold », nos criminels semblent avoir découvert un nouveau filon. Mais cette supposée manne des opioïdes est autrement plus risquée que le pot et les États-Unis leur ont déclaré la guerre.

« Les résultats importants de l’opération Disruptor tombent pile puisque nous observons une hausse des surdoses mortelles liées aux opioïdes depuis le début de la pandémie de COVID-19. Nous voulons assurer les Américains et le monde entier que nous sommes déterminés à trouver ces trafiquants et à les traduire en justice », a martelé le patron du FBI, Christopher Wray, mardi.

Des délateurs  

Aux États-Unis, les policiers et la poursuite n’hésitent pas à conclure des ententes avec des délateurs qui acceptent, en échange de peines moins lourdes, de dénoncer leurs associés. C’est le cas dans le dossier de McCann.

En plus des preuves incriminantes de ses transactions sur le « dark web », les procureurs fédéraux comptent sur la collaboration d’au moins un de ses ex-partenaires d’affaires. 

Ce jeune trafiquant a plaidé coupable et a écopé de 20 ans de pénitencier au lieu d’une peine à perpétuité.

Les autorités avaient procédé ainsi pour coincer le premier Montréalais extradé aux États-Unis pour trafic de fentanyl, en 2015. 

Daniel Vivas Ceron, un Colombien d’origine qui vendait des opioïdes sur le web invisible avec un téléphone cellulaire alors qu’il était détenu à Drummondville, s’est reconnu coupable l’an dernier, dans l’État du Dakota du Nord.

Son associé, Jason Joey Berry, présentement sous garde au pénitencier à sécurité maximum de Donnacona, et quatre présumés complices sont en attente d’extradition pour être jugés dans cette affaire.

Un ancien militaire  

Louis-Vincent Bourcier et Robert Mitrache devraient connaître le même sort lorsqu’ils auront fini de purger les peines de 12 ans d’incarcération auxquelles ils ont été condamnés au Québec. 

À la suite d’une enquête du FBI, de la DEA et de la GRC, les procureurs fédéraux de l’Ohio ont déposé l’an dernier des accusations de complot et d’importation de fentanyl contre l’ex-militaire Bourcier, dont la résidence à Châteauguay abritait un laboratoire clandestin, et son complice Mitrache, de Mercier.

Ce duo québécois aurait conclu « plus de 1500 ventes » illicites de drogues et d’opioïdes sur le « dark web » entre 2015 et 2017, selon la preuve de la poursuite.