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Attendez plus longtemps avant de retirer votre argent du RRQ

Daniel Germain | Journal de Montréal

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Illustration Adobe Stock

Parlons encore de RRQ (Régime de rentes du Québec), si vous le voulez bien. C’est un sujet « passionnant », d’autant plus qu’un bout de votre paie y est dirigé toutes les deux semaines et que votre retraite en dépend en partie, plus ou moins grande.

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D’abord, quelques chiffres pour nous mettre dans le bain :  

  • - 61,6 ans. C’est l’âge moyen des nouveaux bénéficiaires du Régime de rentes du Québec, selon les données les plus récentes, en 2018. Les Québécois touchent la rente de plus en plus jeunes.  
  • - 62,2 %. Cela représente la proportion des gens qui ont demandé la rente à 60 ans parmi les nouveaux bénéficiaires, en 2018. Six personnes sur dix commencent à toucher le RRQ aussi tôt que possible.  
  • - 14,9 %. Ça, c’est le pourcentage de ceux qui ont attendu à 65 ans avant de demander leur rente.  
  • - 1 %. C’est la toute petite frange des nouveaux bénéficiaires... de 70 ans. Ceux qui ont patienté jusqu’au bout.    

Que l’un des conseils les plus « béton » en planification de la retraite est largement ignoré !

Il est rare qu’on puisse dire qu’une recommandation dans le domaine des finances personnelles s’applique à la très vaste majorité des gens. En voilà une : attendez le plus longtemps possible, c’est plus payant à long terme et moins stressant !

« One size PRESQUE fit all »

L’Institut canadien des actuaires a mené une étude poussée sur la question. L’analyse s’est portée sur le Régime de pensions du Canada, l’équivalent canadien de notre RRQ. Les résultats ont été dévoilés en juillet et restent pertinents dans le contexte québécois.

Les auteurs affirment qu’on devrait attendre le plus tard possible pour demander la rente, pour autant qu’on ait les fonds suffisants pour faire le pont jusqu’à 70 ans. Autrement dit, on doit avoir assez d’argent dans le REER pour nous permettre de remplacer le RRQ durant les années de report.

Pour quelqu’un qui toucherait 8000 $ par année de RRQ à partir de 65 ans, il lui faudrait donc piocher autour de 40 000 $ dans son REER juste pour combler le manque à gagner de 65 à 70 ans. Le calcul est approximatif. Ça ne comprend pas non plus ce qu’on avait déjà prévu de retirer du compte, pour compléter ses revenus.

À partir de 65 ans, pour chaque mois où on reporte le début des versements de la prestation du RRQ, la rente est bonifiée de 0,7 % à vie. En retardant jusqu’à 70 ans, le maximum, cela l’améliore de 42 %.

Longévité et rendement

Je vous entends pitonner sur votre calculatrice. « Est-ce un bon deal ? » vous demandez-vous. Arrêtez, vous ne pouvez pas le savoir. Ça dépend de deux variables sur lesquelles vous n’avez pas de contrôle : les rendements que vous auriez obtenus vous-même en conservant l’argent dans votre portefeuille, et votre longévité. Autrement dit, la Bourse et la mort !

Plus on vit longtemps, plus l’avantage tourne en faveur de la rente reportée. À 85 ans, il est quasi incontestable, ce qui veut dire plus de revenus sur la durée totale de la retraite. Pour battre ça, il faut obtenir des rendements élevés, et encore, donc d’investir dans les actions.

Une rente et un portefeuille d’actions sont incomparables. La première nous libère des aléas du marché et ne court aucun risque d’épuisement, la prestation nous est livrée jusqu’au décès, indexée au coût de la vie en plus. Le second est la proie de la volatilité (éventuellement des dépenses compulsives et des fraudeurs), c’est angoissant pour un retraité. Pour retrouver la paix d’esprit, il faudrait réduire le risque du portefeuille, donc diminuer les rendements, qui ne suffiront pas à battre les résultats de la rente indexée au-delà une douzaine d’années.

Je me permets d’appuyer plus fort sur la recommandation pour une partie de la population : les femmes, qui vivent plus longtemps que les hommes.

N’attendez pas si...

Ceux qui dépendent de la rente dès 65 ans ou même 60 ans parce qu’ils ont peu de moyens, on ne leur dira pas de se priver de l’essentiel pendant des années pour toucher éventuellement une plus grosse prestation. D’autant plus que cela pourrait se traduire par des pertes du côté du Supplément de revenu garanti pour ceux qui y ont droit.

L’un des principaux attraits de la stratégie dont on parle ici, c’est qu’elle offre une protection financière accrue chez ceux qui défient le moindrement les statistiques sur la mortalité. Ils sont plus rares chez les gens à faibles revenus. Au contraire, l’espérance de vie est plus courte que la moyenne chez les moins nantis, même dans un pays développé.